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Coquettes feuilles d’automne


Feuilles dorées, rousses, pourpres et camaïeux bruns ou kakis…
Les couleurs chatoyantes de l’automne font leur entrée dans le parc du Louvre-Lens.
Chaque promenade est vrai régal pour les yeux. Morceaux choisis avec Nicolas, jardinier au Louvre-Lens !

L’an passé nous vous avons expliqué pourquoi les feuilles changent de couleur en automne, mais savez-vous pourquoi elles tombent ?

Quand les arbres se dénudent

L’automne les jours diminuent, la vie ralentit, se préparant pour l’hiver. Les arbres réagissent eux aussi à ce changement de climat et de luminosité : ils économisent leur énergie au maximum. Le tronc est protégé par l’écorce, les racines par le sol. Seules les feuilles ne bénéficient d’aucune protection ! Fragiles, elles ne résisteront pas au gel. Pourquoi gâcher de l’énergie en les alimentant alors qu’elle sont devenues inutiles en cette saison ? À rien ! Dans un souci d’économie d’énergie, l’arbre bouche les canaux leur transportant la sève nourricière : il augmente sa production d’éthylène et forme de petits bouchons de liège qui vont durcir et fatalement déshydrater les feuilles, ainsi privées de sève. Elles sèchent puis finissent par se détacher de l’arbre et retomber au sol… C’est la fin d’un cycle.

Tous les arbres ne perdent pas leurs feuilles !

Les feuilles que nous observons à terre en automne appartiennent aux arbres caducs. Il en existe d’autres types, qui ont su s’adapter à des climats plus difficiles. Les feuilles sont plus petites, plus dures et sont revêtues de cire : ce sont les aiguilles ou les écailles des conifères tels que l’épicéa ou le pin ! Leur forme effilée leur garantit une meilleure résistance au froid. Elles forment donc un feuillage « persistant ». Voilà pourquoi on les retrouve souvent dans les régions montagneuses !

Question piège : le Gingko biloba du parc est-il caduc ou persistant ?

Lors des grandes glaciations le Gingko biloba a quasiment disparu, mais a survécu en Asie. Il fut introduit en Europe au 17ème siècle et c’est en raison de ses feuilles automnales couleur or et de son coût exorbitant pour l’époque, qu’on lui donna le nom « d’arbre aux 40 écus ».

C’est cet arbre qui a reverdi le paysage d’Hiroshima, un an après le bombardement atomique de 1945… Son extrême résistance aux stress environnementaux est sans doute l’une des principales caractéristiques de cette espèce, seule survivante de la très vieille famille botanique des ginkgoacées. Il est classé parmi les conifères en dépit de son feuillage caduc et si vous observez ses feuilles de très près, vous devinerez  que derrière les stries se cachent ses aiguilles !

L’automne est souvent considéré comme une saison de renouveau, après l’été, période d’activité intense. Nous ne perdons pas nos feuilles mais nous pouvons nous inspirer des arbres pour nous recentrer à notre façon sur l’essentiel. Levons le pied, c’est la nature qui vous le dit !

La belle saison touche à sa fin. Un nouveau cycle naturel s’ouvre avec ce besoin fondamental pour les végétaux : assurer l’avenir en ensemençant l’environnement par tous les vecteurs possibles ! Ingénieuse ou opportuniste, la vie est épatante. Elle trouve toujours un stratagème pour se disperser et voyager. Prenez-en de la graine !

Pourquoi se disperser ?

  • Pour coloniser de nouveaux milieux
  • Favoriser le brassage génétique
  • Etaler les graines dans l’espace pour diminuer la concurrence

Se disperser grâce à l’apesanteur : la « barochorie »

Le chemin le plus court est parfois le meilleur, et l’apesanteur est sans conteste le moyen le plus rapide pour atteindre le sol ! Nom d’une pomme nous direz-vous ? Elle ne tombe effectivement pas bien loin de son arbre… mais ne vous y trompez pas : la chair épaisse et charnue des fruits ne sert pas simplement de poids ! Elle ouvre également l’appétit de tous les gourmands, destinée à être emportée et dégustée ailleurs! C’est ce qu’on appelle l’endochorie. Certaines graines ont d’ailleurs un besoin naturel d’être digérées avant d’atteindre pleinement leurs capacités germinatives ! Il faut avouer que cette technique est très futée… graine et compost assurés, d’une pierre deux coups !

Lorsque la faune disperse glands et noix dans notre parc, comme les geais et les écureuils, ils participent sans le savoir au développement de la biodiversité végétale et animale du site. Dans un échange de bons procédés l’équilibre se met en place entre les différents acteurs de cet environnement.

Se disperser grâce aux animaux : la « zoochorie »

Le transport des graines par l’animal, augmente la propagation des semences. Fixe, la plante connaît très bien son environnement et ses habitants. Elle utilise ses hôtes de fortune pour pallier son immobilisme. Quand l’animal est un oiseau, on brise carrément les frontières !

Le transfert de graines est utilisé par la bardane. Munis de crochets, ses fruits s’agrippent sur la faune locale.  L’animal de passage cherchera tant bien que mal à les retirer de sa fourrure, éparpillant ainsi les graines autour de lui.

Se disperser grâce aux hommes : l’« anthropochorie »

On parle d’anthropochorie quand l’animal vecteur est… l’homme ! Ses vêtements et les semelles de ses chaussures jouent alors le même rôle que la fourrure des animaux. Le plantain en fait son affaire : il ouvre la voie des chemins de randonnées foulés par les pieds des promeneurs qui se succèdent. Il guide chacun de vos pas, baissez les yeux à votre prochaine promenade… vous découvrirez un fidèle compagnon de route !

L’antropochorie raisonne de manière particulière sur notre ancienne friche minière.  Il y a plus d’un demi-siècle, le mineur de la fosse 9 qui se régalait de sa pomme, de sa poire ou de ses cerises ne pouvait pas s’imaginer que ses détritus, jetés dans la berline en route vers la surface façonneraient le parc que nous connaissons aujourd’hui : nos fruitiers sauvages, sont des témoins historiques de l’activité du site.

Se disperser grâce au vent

Aléatoirement, le vent souffle les graines dans les airs. Une fois encore l’ingéniosité des végétaux va exceller. À peine plus grandes qu’une tête d’épingle, les graines de bouleau vont conquérir le monde en se faufilant partout. C’est d’ailleurs ce qui caractérise les essences pionnières.

Véhiculée par une enveloppe ailée, la graine d’érable va tournoyer en hélice au gré des courants d’air. Ces enveloppes sont des samares, elles ressemblent à s’y méprendre à de petits anges au garde à vous dans les cieux, prêtes à descendre pour envahir nos latitudes terrestres.

Samares d’érable

Avec beaucoup de poésie, le souffle d’un vœu enfantin suffira à faire décoller les pappus des pissenlits. Grâce à ces parachutes fixés à chaque graine, le rayonnement du pissenlit variera de 2 m à 1km selon le vent ! Miraculeux, vous ne trouvez pas ?

Se disperser par vents… et marées : l’« hydrochorie »  

Moins évidente de prime abord, l’eau est un vecteur de dispersion non négligeable. On parle de transport mécanique par « ombrahydrochorie » : les gouttes de pluie font pression sur les capsules de graines qui éclatent et entament leur développement dans un environnement propice à la germination.

Les voies d’eau seront des agents de transport fantastiques pour les plantes aquatiques, mais pas uniquement. Berges de rivières, de fleuves ou plages bénéficient d’un brassage exceptionnel : c’est le principe de la « natochorie ». Ah ! Cette fameuse noix de coco flottante ! Si les plages tropicales sont ornées de cocotiers surplombant la mer ce n’est pas par hasard, leur seul but est de prendre le large ! La noix de coco mûre tombe dans l’eau et vogue au gré des courants marins.

Particulièrement attachés à la protection des espèces végétales et animales du site, nous sommes heureux de vous présenter une nouvelle venue dans le parc : l’Orphrys abeille !

Cette élégante et facétieuse orchidée à la silhouette élancée tient son nom du latin Apifera: je porte l’abeille. Son nom révèle sa caractéristique principale ; celle de simuler l’odeur de l’abeille femelle de manière à séduire les abeilles mâles solitaires qui, leurrées, pensent se reproduire avec leurs congénères… La pollinisation est assurée lors de la pseudo copulation. Rusée, l’orchidée !

L’Epipactis helleborine 

Lors des visites guidées du parc, nous vous présentons notre amie l’Epipactis helleborine. Cette orchidée à larges feuilles est commune dans les parcs et jardins mais souvent malmenée par les tondeuses, d’autant plus qu’elle passe souvent inaperçue dans le gazon, rendant sa progression sur le territoire parfois difficile. Chez nous, elle prospère aux pieds des arbres et le long des allées. Son rayonnement de plus en plus important dans le parc est de bon augure : les nombreux insectes friands de son nectar trouvent chez nous un refuge propice à leur développement : notre bulle écologique se porte bien !

Les feuilles de l’Epipactis Helleborine se déploient en spirales, la fourmi présente sur la photo de droite montre qu’elle aussi joue son rôle de pollinisateur.

 

Comment sauvegarder les orchidées sauvages chez vous

Quelques petites astuces peuvent vous permettre de repérer et de préserver les orchidées sauvages :

  • Lorsque vous tondez, regardez bien si un feuillage différent perce le gazon ! Si oui, contournez-la le temps d’une saison, jusqu’à sa fructification!
  • Lors de vos promenades, regardez ou vous mettez les pieds :  discrètes, elles se dressent parfois dans les chemins. Chez nous, elles sont friandes des copeaux de bois couvrant les massifs !
  • Vous pensez en avoir repéré une ? Piquetez la zone avec un tuteur pour ne pas oublier son emplacement, surtout après l’hiver, le temps qu’elles se dévoile au printemps !
  • Préservez des espaces sauvages dès lors que cela est possible… L’orchidée peut se montrer capricieuse, mais une fois installée, cette plante protégée demeure un trésor inestimable !

 

Dans le parc du Louvre-Lens, les lavandes aiment jouer de leurs reflets dans les parois d’aluminium anodisé. C’est ainsi que par la magie d’un effet trompe-l’œil, la nature semble fusionner avec l’architecture épurée du bâtiment conçu par l’agence japonaise SANAA. Appréciée pour son esthétique, la lavande est aussi utilisée dans des domaines très divers. Retour sur une plante incontournable que tout le monde croit connaître par cœur ! 

Des usages cosmétiques et médicinaux ancestraux

Les propriétés antiseptiques de l’huile essentielle de  lavande sont déjà connues dans l’Antiquité. On sait aujourd’hui que la lavande était utilisée au cours de la momification en Égypte ou encore pour parfumer et assainir les bains romains. Au Moyen-Âge, elle entre dans la composition de parfums et de médicaments. Encore aujourd’hui, nous la rencontrons dans bon nombre de produits : huiles essentielles, crèmes, poudres…

Une familière des peintres

L’essence d’aspic à base de lavande ou de lavandin était utilisée pas les grands maîtres de la Renaissance pour son fort pouvoir plastifiant : en s’évaporant lentement, elle favorise l’accroche entre les différentes couches de peinture à l’huile. D’ailleurs, les restaurateurs d’œuvres d’art l’utilisent encore de la même manière.

Une plante appréciée par la faune locale

La lavande est aussi l’une des meilleures plantes mellifères, pour le plus grand bonheur des abeilles du parc et de tous leurs amis butineurs !

Vous avez envie de multiplier vos lavandes ? Nos conseils pour réaliser de belles boutures :

  • Détacher à la main ou au sécateur des pousses terminales de 10cm de long
  • Retirer toutes les feuilles de la partie inférieure
  • Piquer les boutures à mi-hauteur dans un mélange léger exposé mi-ombre
  • Maintenir le sol juste frais (idéalement en véranda ou en serre)
  • Repiquer au printemps suivant

Nos conseils pour entretenir vos lavandes :

Pour favoriser le développement et conserver un joli port, il est essentiel d’effectuer une taille après la floraison. Un pied de lavande non entretenu formera beaucoup de bois mort à sa base, se dégarnira et s’ouvrira par son centre.

  • Couper et récupérer toutes les tiges florales parfumées
  • Rabattre sur quelques cm à la cisaille les jeunes pousses
  • Éviter les tailles sévères jusqu’au bois sec, la reprise risquerait d’être difficile

Cette plante aux mille vertus a certainement de nombreuses autres utilisations : partagez-nous vos astuces sans hésiter 😉

 

 

Insolites et captivantes, les euphorbes étonnent le visiteur : s’agit-il de fleurs ? S’agit-il de branches ? Vivifiant et galvanisant, leur jaune éclatant est une ode à la ferveur du printemps !

Une floraison peu banale

L’Euphorbe est une plante de sol sec et drainé qui se plaît particulièrement chez nous, grâce au sol schisteux et drainant de notre terril.

De mars à juin, les inflorescences des euphorbes characias se dressent sur 1m de hauteur et de largeur, en véritable bouquet bien dense.

Jamais sans les gants !

Euphorbe characias, entrée principale

La taille des inflorescences est une étape particulièrement sensible et nécessite des précautions particulières. En effet, l’euphorbe fait partie des végétaux à latex : sa sève laiteuse et collante est un système défensif naturel particulièrement efficace pour coller les insectes et les prédateurs mais qui peut brûler par contact et exposition au soleil. Les gants, les manches longues et les lunettes protectrices sont donc de mise pour éviter les projections lors la taille estivale de fleurs. À partir de ce moment-là, le sublime feuillage grisâtre nous ravira jusqu’à la prochaine floraison !

Une euphorbe graphique : l’Euphorbe de Corse

D’autres d’euphorbes captivent le regard, comme l’Euphorbe de Corse ou Euphorbe myrsinite. Moins haute, plus discrète et aussi très graphique, elle se dresse en une géométrie remarquable.

Euphorbe Myrsinite

L’Euphorbe des bois

Depuis le printemps 2019, l’entrée Nord se pare quant à elle d’Euphorbes des bois.

Cette variété de sous-bois semble beaucoup se plaire à proximité de l’ombrage du Puits 9.
Leur développement présage une belle densité végétale ainsi qu’une généreuse floraison… Pour le plus grand plaisir des promeneurs !

En ce moment, nous aménageons deux nouvelles mares : autant de nouveaux habitats pour nos amis des zones humides les plus craintifs et les plus fragiles !

Qu’est ce qu’une mare ?

Une mare est un trou d’eau à profondeur limitée qui, contrairement au bassin d’agrément, n’accueille pas de poissons de façon à privilégier la reproduction des batraciens, larves de libellules et autre microfaune prédatée justement par les poissons un peu trop gourmands !
Sans mouvement et de faible volume, cette eau se réchauffe vite et correspond bien aux besoins des animaux à sang froid comme les reptiles et batraciens. Permanente ou temporaire, c’est un véritable puits de biodiversité !

Un écosystème à part entière

Un écosystème est un milieu dans lequel vivent et interagissent des êtres vivants, certains en tant que prédateurs et d’autres en symbiose. La symbiose est l’association de deux organismes vivants d’espèces différentes qui cohabitent en tirant un bénéfice mutuel. Il existe de nombreux écosystèmes et de nombreux milieux, la mare en est un : c’est une petite zone sauvage aquatique très particulière ! Tout y est question d’équilibre.

Malheureusement, les mares sont de moins en moins nombreuses, c’est pourquoi il est important d’en créer quand cela est possible : c’est la garantie d’une préservation de certaines espèces.

Que va –t-on trouver dans et autour la mare ?

Une simple mare a le pouvoir d’attirer une diversité d’animaux assez incroyable :

  • Des amphibiens : grenouilles, crapauds, tritons et salamandres

Tétard de grenouille verte, Rana kl. Esculenta, en mode camouflage

 

Tétards de crapauds communs, bufo bufo, en pleine métamorphose avant la régression de leur queue

  • Des reptiles : lézards, orvets et serpents
  • Des insectes : moustiques, libellules, dytiques, les vers de vase et éphémères

Demoiselle du genre Agrion jouvencelle

  • Des mollusques : les limnées, ces petits escargots qui se nourrissent d’algues
  • Des petits crustacés
  • Des mammifères : les hérissons (friands de mollusques et d’eau), les chauves-souris, attirées par les moustiques
  • Les oiseaux qui vont y étancher leur soif, chasser les insectes et pour certains se reproduire dans les herbes. Vous avez certainement déjà croisé la famille de poules d’eau qui a pris ses quartiers depuis deux ans aux abords du bassin ?
  • Une végétation aquatique riche qui participe à l’oxygénation de la mare tout en offrant des abris à la vie animale et permet la reproduction des crapauds et la protection de leurs têtards.

La végétation aquatique permet la reproduction des crapauds et la protection de leurs têtards

On distingue plusieurs types de végétation dans ce milieu :

    • Les plantes hédophytes dont les feuilles et fleurs sont aériennes tandis que que les racines se développent dans l’eau

Lys  des marais, Iris versicolor

    • Les plantes Hydrophytes qui vont être immergées dans l’eau, comme les nénuphars :

 

Quels choix d’emplacement dans notre parc ?

Deux mares sont implantées dans le bois :

  • La première est à la lisière du bois pionnier et de la plaine ludique. Orientée sud en dehors des zones d’accès public, elle est une véritable réserve naturelle, au calme, afin de ne pas perturber sa colonisation naturelle
  • La seconde est installée dans la clairière du pic-vert, à proximité de l’hôtel à insectes. Celle-ci a une visée pédagogique et pourra accueillir les groupes et les classes, curieux de la nature.

 

Les étapes de création de la mare pédagogique

  • Creusage : une pente douce a été conservée pour faciliter l’abreuvage de la faune, et étager la mare de façon à ce que l’eau soit un peu plus chaude sur le pourtour : les têtards et autres amphibiens apprécieront !
    La végétation pourra également se propager et servir de refuge pour les êtres les plus fragiles ainsi que les larves de libellule, par exemple. Saviez-vous que la végétation sert de support aux chapelets d’œufs des grenouilles et des crapauds ?
  • Etanchéification : l’eau a été mélangée de l’argile bentonite qui a pour caractéristique d’imperméabiliser la surface de manière naturelle.
  • Remplissage : la mise en eau sera effectuée en partie par les eaux de pluie.

 

Sources : 

http://pro.eden62.fr/education-a-l-environnement/dossiers-pedagogiques

http://educatif.eau-et-rivieres.asso.fr/pdf/mare.pdf

https://sciences-nature.fr/bio/biodiversite-animale/insectes-de-mare/

http://www.nord-nature.org/fiches/fiche_j6_amis_jardins.htm

 

Il suffit d’un seul rayon de soleil pour qu’elles se mettent en scène ! Dissimulées à la belle saison, les écorces décoratives se dévoilent tout en élégance l’hiver venu !

Le cornouiller

Profitant d’une luminosité rasante, certains arbustes se dressent en gerbes transies de froid. Leurs jeunes rameaux taillés régulièrement exhibent alors la force de leur pigmentation. C’est ainsi que les différents massifs de cornouillers disséminés aux quatre coins du parc offrent de jolis contrastes, notamment le long du parking du bâtiment administratif. Les deux variétés s’y marient parfaitement en opposant le bois rouge du cornouiller sanguin,  le Cornus sanguinea, et le bois jaune du cornouiller stolonifère, Cornus  Stolonifera ‘Flaviramea’. Les plus curieux, comme les jardiniers que nous sommes, se demanderont pourquoi les nommer « cornus » ? Tout simplement pour la dureté de leur bois : dur comme de la corne !

 

Cornus Sanguinea et Cornus Stolonifera ‘Flaviramea’

Le saviez-vous ?
Rabattre les pieds de cornouillers sévèrement assure la pousse de nouveaux rameaux colorés 😉

Le cornouiller est également très intéressant à la belle saison puisqu’il conserve son esthétisme quand ses fleurs se mêlent à son feuillage aux nervures vermeil. Très généreux en baies, il participe à la préservation de la biodiversité de vos parcs et jardins en remplissant les petits estomacs de la faune locale.

Cornouiller sanguin, septembre 2020

Tout en transparence : les squames des érables

Lors de votre prochaine visite, prenez le temps de monter sur la terrasse du midi. Ce belvédère offre une jolie vue sur le musée et les pas japonais géants qui jalonnent le site. Avec un peu de chance, les érables joueront à cache-cache avec le soleil pour vous dévoiler leurs squames translucides.

L’écorce de certains érables se desquament

En solitaire ou en communauté : l’éblouissante écorce du bouleau blanc

Très présent dans le parc, le bouleau colonise très facilement les terrils. Dans notre belle région on le reconnaît de très loin à son écorce albâtre qui tranche avec le noir de nos montagnes schisteuses.

Commun ? Oui peut-être, mais tellement intéressant dans le cadre d’un projet paysager : même isolé, il éclaire son environnement. À plusieurs, ils donnent verticalité et perspective.

Un jeu d’opposition se met en place quand il se confronte au reste de la végétation.

 

Le vert du lierre se marie à la perfection aux troncs de bouleau

 

La sculpture Tenir de Françoise Petrovtich, est comme mise en valeur par le paysage dénudé

 

Depuis quelques semaines de curieux petits chapeaux pointent de-ci de-là dans le parc, tantôt petits et discrets tantôt grands et fiers ! Solitaires ou en famille, ils subliment les feuilles d’automne de leur couleur varié : les champignons investissent le parc.

Ni animal…ni végétal !

Les champignons sont un groupe d’espèces vivantes bien plus important que ce que nous voyons familièrement autour de nous dans nos parcs et jardins. Ce royaume d’espèce est distinct du monde animal et végétal. Le père de la botanique Théophraste au IIIème Siècle avant notre ère classera les champignons en quatre grands types :

  • Les champignons poussant sous terre comme les truffes ;
  • Les champignons en forme de coupe comme les pézizes ;
  • Les champignons de forme arrondie, les vesses-de loup ;
  • Les champignons à chapeau et à pied.

La partie visible, c’est comme le fruit d’une plante, on le nomme carpophore ou sporophore et les « graines » sont des amas de spores. Souvent invisibles à nos yeux, on peut les voir s’envoler en nuage lorsqu’ils rencontrent le bout de nos chaussures ! Ces fameuses boursouflures blanches des vesses-de loup !

Vesse de loup, clairière du bois pionnier, 2019

Tout un monde sous vos pieds !

Coprinus comatus, Coprin chevelu, bois pionnier 2020

Tout ce petit monde a un point commun : une structure constituée de minuscules corps filamenteux qui s’enchevêtrent dans le sol ou le bois que l’on appelle le mycélium. C’est le corps permanent des champignons, il est composé de filaments appelés hyphes. Ces hyphes se ramifient pour former un réseau fongique qui va se développer.

La forme et la texture du mycélium varient : blanc, translucide, rose jaune ou rose. Il peut se développer concentriquement donnant naissance aux fameux Ronds de sorcière ! Il n’est pas rare que surgisse au petit matin un cercle de champignons, en avez-vous déjà aperçu chez vous ou dans notre parc ? Le folklore local nourrit de nombreuses légendes autour de ces cercles mystérieux qui s’agrandissent d’année en année selon le type de champignon. Elfes ? Farfadets ? Rituels magiques ? Seraient-ils des empreintes du passage de quelques sorcières ? Exauceraient-ils les souhaits formulés en leur centre les nuits de pleine lune ?

Dis-moi ce que tu manges, je te dirais qui tu es !

On peut classifier les champignons par leur mode de nutrition, ce classement permet d’y voir un peu plus clair sur les types de champignons que vous pouvez rencontrer !

1 – Les saprophytes ou saprotrophes , du grec « sapros » putride,  sont des décomposeurs. En se nourrissant de la matière organique morte ou en décomposition, ils vont la faire disparaître. C’est ainsi que se recyclent les restes de feuilles, de bois, d’animaux et d’excréments.

2 – Les parasites ont besoin d’un hôte, ils dépendent d’une matière organique vivante (végétaux, animaux, hommes ou même champignons), et peuvent agir sur sa santé.

Fomes fomentarius, l’Amadouvier est un parasite, dit polypore allume-feu dont la poudre séchée est inflammable a été retrouvée dans le Sac d ötzi retrouvé qui a vécu dans le Tyrol à -5000 av.J.C.

 

3 – Les mycorhizes, du grec « myco » champignon et « rhiza » , vivent en association avec un végétal. Ils sont en symbiose. C’est un échange de bons procédés. Le végétal fournit au champignon les éléments organiques en échange d’eau, et de minéraux…

4 – Les endophytes se développent dans le végétal entier. Ils protègent la plante en produisant des molécules qui peuvent être antibiotiques, insecticides, ou même neurotoxiques pour les herbivores !

Le mycélium : l’internet naturel de la terre

Sujets de nombreuses études, les réseaux de mycéliums et de mycorhizes ne cessent de surprendre les chercheurs. Cette symbiose entre le champignon et le végétal témoigne d’une véritable coopération. Les mycorhizes vont se développer tout autour du système racinaire du végétal pour atteindre un rapport de 1m de racines pour 1000m de filaments mycéliens. La capacité d’exploration de la zone par les poils absorbant des racines est alors multiplié par 10 000 !

Le mycélium établit ainsi une connexion entre les racines des arbres et les arbres entre eux dans un réseau d’échange ininterrompu d’information.

Un sol en bonne santé et propice à la culture contient des champignons, c’est le cas également de votre potager ! Dans les potagers du parc, les différents paillages permettent leur développement et participent à l’équilibre et à la bonne santé de nos légumes. Chez certains pépiniéristes, des arbres sont même vendus avec du mycélium de truffe !

Le saviez-vous ?

Depuis 2400 ans l’Armillaria ostroyae s’étend sur 8,9 Km2 dans la forêt nationale de Malheur dans l’Oregon, sur un mètre de profondeur dans le sol. C’est la plus grosse colonie découverte à ce jour ! Les réseaux peuvent être si dense que chacun de nos pas résonnent dans le mycélium lors de nos baladent en forêt…

A votre tour de découvrir des champignons !

Maintenant c’est à vous de jouer, ouvrez l’œil autour de vous… scrutez votre environnement pour les débusquer !  Les températures douces et l’humidité de l’automne en font évidement la saison  idéale pour les débusquer. Ils apparaissent autour de nous parfois en une nuit !

Où les trouver ?

Là où ils poussent…C’est le support de culture qui définit en majeure partie le type de champignon. Vous les trouverez ainsi aux pieds des arbres, sur les branches et les rameaux tombés au sol, dans les herbes, les amas de feuilles en décomposition. Munissez vous d’un appareil photo et d’une loupe, vous pourrez observer et photographier les spécimens les plus petits en plaçant la loupe devant l’objectif. Avec un peu d’entraînement explorations seront de plus en plus aguerries !

Petits spécimens poussant sur les murs végétalisés de la rue Paul Bert

Comment l’identifier et que regarder ?

Sur le site, on déterminera le type de substrat, c’est à dire la matière sur laquelle le champignon s’est développé, son odeur et sa couleur. Une photographie de la zone avec d’autres champignons à divers stades de développement peuvent-être fort utiles pour l’identification.

  • A-t-il un chapeau ? quel est son diamètre ? sa couleur ? est-il craquelé ? Gluant ou collant ? strié ?
  • Ses lames : Sont-elles denses ? attachées au chapeau ? leur couleur ?
  • Son pied : hauteur ? diamètre ? couleur et texture ? Un anneau des écailles ?
  • Sa chair : change-t-elle de couleur à la cassure ? en séchant ?

Les clés d’identifications sont nombreuses, vous pourrez les découvrir dans de nombreux ouvrages et auprès de professionnels. Certains champignons se ressemblent beaucoup, c’est pourquoi certaines précautions sont à prendre. Au-delà des qualités gustatives c’est un univers totalement passionnant qui ravive des sentiments d’étonnement et d’émerveillement quand on se trouve devant un spécimen remarquable !

Strophaire aeruginosa, strophaire et son chapeau bleu gluant

Quelques conseils pour vos sorties champignons

  • Ne jamais manger un champignon sans avoir vérifier sa comestibilité auprès d’un professionnel
  • Toujours se laver les mains après avoir touché un champignon,
  • Porter des gants pour manipuler les vénéneux
  • Ne pas mélanger les champignons dans votre panier

Amanita muscaria, Amanie tue-mouche, bois pionnier 2020

Sources

https://www.nexus.fr/wp-content/uploads/2014/12/Mycelium_NEXUS94.pdf
Brian spooner et Thomas Laesseoe, Les champignons : guide de terrain , édition Casterman, 1993