Trop Mignon !
L’art du bonheur
Pourquoi et comment les œuvres d’art nous font-elles du bien ? Réunissant près de 300 chefs-d’œuvre – peintures, sculptures, photographies, vidéos, objets, films, livres, installations – l’exposition Trop Mignon ! L’art du bonheur propose un voyage à la rencontre de nos émotions à travers l’histoire de l’art, de l’Antiquité à nos jours. Du pouvoir émotionnel des animaux à l’histoire de la couleur rose, des paillettes dans l’art aux notions contemporaines de cute et de kawaii, elle interroge le pouvoir émotionnel des œuvres et leur capacité à nous apporter joie et réconfort. En décryptant notre rapport à cette esthétique de l’adorable, ses origines comme ses évolutions, l’exposition met au jour une puissance de la tendresse, pour faire face aux fracas du monde.
L’inventeur du Web, Tim Berners-Lee, interrogé en 2014 sur ce qui l’avait le plus surpris dans le développement d’Internet, a répondu : le succès des vidéos de chats. Chats-stars du Web, publicités mettant en scène des bébés joufflus, collectionnisme de figurines, rondeurs et yeux démesurés des personnages de dessins animés, goût pour le rose ou l’arc-en-ciel… Jamais le mignon n’a semblé être aussi présent que dans notre monde actuel dans tous les aspects de notre quotidien et de notre culture visuelle. Loin d’être anecdotique, il est devenu un véritable objet de recherche au croisement des cultural studies, de l’histoire de l’art, de la psychologie et des neurosciences.
À travers un parcours sensible et immersif, Trop Mignon ! explore les multiples visages du mignon dans l’art : la symbolique des animaux à travers les millénaires, la gaieté des puttis, l’histoire de la création du rose au 18è siècle, le mignon comme valeur de la société coréenne, les peluches comme objets de réconfort et de soin, le succès mondial du kawaii japonais ou encore la fascination contemporaine pour les paillettes et les univers colorés. Des dispositifs participatifs invitent les visiteuses et visiteurs de tous les âges à expérimenter directement les sentiments suscités par les œuvres.
Des chats égyptiens aux statues antiques de bébés, des portraits délicats de Théodore Géricault et d’Auguste Renoir, aux créatures lisses et colorées de Jeff Koons et de Philippe Katerine, des amours de Nicolas Poussin, des hommages émouvants rendus par Rosa Bonheur, Agnès Varda ou William Wegman à leurs compagnons à quatre pattes, de Cindy Sherman tout en rose grimée en Madame de Pompadour au portrait de fleuriste de Pierre et Gilles, en passant par les troublantes peluches d’Annette Messager, le doux-amer du sucré peint par Chardin comme Mireille Blanc, en passant par les photoreporters de guerre mettant en scène des animaux, l’exposition fait dialoguer les œuvres autour des multiples formes du mignon de l’antiquité à nos jours, dans un univers aussi séduisant qu’ambivalent.
Derrière son apparente innocence, l’esthétique du mignon peut aussi devenir un outil de consommation ou de propagande. Les formes douces et enfantines révèlent cependant aussi une dimension critique ou politique, notamment lorsque les œuvres contemporaines détournent les codes du cute pour interroger les violences sociales, les identités de genre ou les fragilités du monde actuel. Face au sombre, en faisant côtoyer tendresse et révolte, les artistes nous proposent de ré-enchanter la vie, comme l’art et les musées.
Conçue comme une traversée de nos imaginaires et de nos émotions, Trop Mignon ! L’art du bonheur montre que le plaisir éprouvé face aux œuvres enrichit aussi notre manière de les comprendre et de les regarder.
Commissariat : Annabelle Ténèze, directrice du Louvre-Lens, et Émilie Girard, directrice des musées de Strasbourg et présidente de l’ICOM France.
Exposition produite en partenariat avec les Musées de la Ville de Strasbourg.
Scénographie : Mathis Boucher.
Exposition réalisée avec le soutien du Fonds AXA pour le Progrès humain.