Une falaise dans la Galerie du temps - Louvre-Lens
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Une falaise dans la Galerie du temps

Découverte de l’œuvre Le Panoramique de la Falaise de Bâmiyân, Afghanistan de Pascal Convert

Une falaise dans la Galerie du temps

 

Photo © Frédéric Iovino, 2021

 

Une ville

Bâmiyân est une petite ville située au centre de l’Afghanistan, dans une vallée étroite culminant à 2500 mètres d’altitude entre les montagnes de l’Hindou Kouch au nord et les montagnes de Ko-i-Baba au sud. L’Hindou-Kouch est comme un mur qui sépare l’Inde de l’Asie. La ville de Bâmiyâm est située au pied d’une grande falaise.

Une falaise

La falaise de Bâmiyân mesure 1,5 kilomètres de long et s’élève à plus de 3 000 mètres. Elle est constituée de grès, une roche friable, qui subit depuis plusieurs années une érosion naturelle accentuée par les changements climatiques : des morceaux entiers de cette falaise s’écroulent.

Une histoire

Située sur l’ancienne route de la soie, cette falaise est un site majeur de l’école d’art gréco-bouddhique, classé désormais au patrimoine mondial de l’Unesco. Deux bouddhas géants de Bâmiyân (38 et 55 mètres de haut) ont été sculptés directement dans la roche entre le 3e et le 7e siècle. À cette période, Bâmiyân connait une vie religieuse intense comme en témoignent les 750 grottes sanctuaires, également creusées dans la roche et qui ont accueilli des milliers de moines.

Le peuple Hazara qui vit à Bâmiyân ont été longtemps discriminé. De nos jours, certaines familles vivent désormais dans les anciennes grottes des moines.

 

La statue du grand Bouddha (Dipankara) avant et après sa destruction en mars 2001
Photo © UNESCO/A Lezine

 

Un évènement tragique

Quand les talibans arrivent en Afghanistan en 1996, ils imposent leurs lois et vont s’évertuer à détruire les monuments liés à la période pré-islamique. C’est au bout de plusieurs mois qu’ils réussissent à détruire à coups d’explosif les deux bouddhas géants de Bâmiyân. Le 11 mars 2001, l’image de cet anéantissement va être diffusée dans les médias à travers le monde et trouvera un triste écho au moment des attentats contre les Twin Towers de New-York quelques mois plus tard.

Une mission

Quinze ans après, l’ambassade de France en Afghanistan fait appel à l’artiste Pascal Convert pour commémorer ce triste évènement et ne pas l’oublier.

Il s’agit effectivement pour cet artiste de travailler sur le thème de la mémoire qui traverse toute son œuvre. Il traite de sujets liés à l’Histoire, à l’engagement, aux hommes et aux femmes et à la résistance.

En 1996, il se rend donc en Afghanistan et il est tout de suite frappé par la frontalité de la falaise et par les traces laissées par les anciens bouddhas. Après leur destruction, il reste leurs grandes niches creusées dans la roche.

Face à sa responsabilité, l’artiste s’est d’abord s’engagé à une réalisation nécessaire à la science et il va donc entreprendre de réaliser un scan en trois dimensions de la falaise. Pour cela, il a utilisé des technologies d’une grande modernité et issues de l’industrie : des appareils de prise de vue motorisés de la société Cornis ont permis de réaliser des milliers d’images et d’enregistrer le moindre centimètre de la falaise. Les drones utilisés servent habituellement à détecter les microfissures dans les pales d’éolienne. À partir de ces images, une modélisation en trois dimensions a été réalisée avec la société Iconem, spécialisée dans l’archéologie en zone de guerre. L’artiste a ensuite transmis ce travail à la communauté scientifique.

Une démarche

L’artiste a ensuite utilisé le fichier constitué de ces milliers d’images pour réaliser une photographie, qui serait comme une empreinte de cette falaise. Après la destruction des deux bouddhas, ce travail photographique est un acte de résistance poétique qui évoque l’absence et la mémoire.

Pour réaliser ce panoramique, Pascal Convert a utilisé une des techniques les plus anciennes de la photographie, le tirage au platine-palladium (à base de sels de ces deux métaux). Il a fait appel à Laurent Lafolie, spécialiste de cette technique pour réaliser les quinze images du panoramique. À partir du fichier de la falaise, un négatif a été créé pour servir ensuite au tirage par contact direct de celui-ci sur le papier. Cette technique de tirage agit comme une empreinte par tressage dans les fibres du papier préalablement préparé pour recevoir toutes les nuances du négatif.

Cette technique donne une photographie d’une qualité exceptionnelle et dont les teintes de noir et blanc ont été choisies pour transmettre des tonalités proches de celles de la pierre. Ce procédé de tirage donne une grande résistance à l’image par son incrustation dans le papier et permet son exposition à la lumière exceptionnelle de la Galerie du temps.

Une œuvre

Le panoramique de la falaise de Bâmiyân s’offre comme un paysage dans lequel le visiteur peut contempler l’immensité de la falaise et sa frontalité accentuée par la coupe assez basse au niveau du ciel. La précision permise par le procédé de fabrication nous permet de voyager dans ce paysage physique mais aussi mental. Il est comme un fossile, une mémoire des lieux, de ses habitants et de leur histoire. Au cœur de cette image aux nuances de gris d’une subtilité exceptionnelle, les deux niches noires des anciens bouddhas affirment leur présence malgré leur destruction.

Après la volonté de destruction des images de cette ancienne culture par les talibans, l’artiste crée une nouvelle image pour dire que la mémoire ne se détruit pas.

La photographie de la grotte, exposée dans le Pavillon de verre du Louvre-Lens en parallèle, procède de la même démarche. En réalisant cette photographie d’une des grottes que les talibans se sont acharnés à détruire, il crée une nouvelle image, sinistre décor tracé par le noir de la fumée et par les traces blanches des chaussures jetées sur les anciens décors des moines.

Un message pour l’avenir

Cette œuvre nous transmet un message universel sur le devoir de mémoire et l’importance du patrimoine. Pour accompagner cette œuvre photographique, Pascal Convert a réalisé avec Georges Didi-Huberman, philosophe et historien de l’art, un livre d’artiste dont les mots nous aide à penser face à cette destruction. Antres-temps, dont les textes sont présentés également dans le Pavillon de verre, nous invite à une réflexion poétique et politique.

Le visiteur entre en dialogue avec cette œuvre, cette histoire et ce peuple dont les enfants ont été filmés par Pascal Convert dans un film projeté dans le Pavillon de verre. Les jeux mais aussi la gravité des enfants nous mettent face à la responsabilité du temps présent. L’utilisation de la couleur pour ce film contraste d’ailleurs avec le noir et blanc intemporel de la falaise. Comme les enfants, les images se jouent des aspérités de la grotte. Par ce film, nous nous retrouvons à la place des anciens moines qui vivaient dans les grottes mais aussi à la place des enfants qui y vivent pour certains. Après avoir contemplé la falaise, notre regard est porté depuis ses cavités, vers l’extérieur, vers l’avenir.

Au Louvre-Lens, cette photographie entre en dialogue avec les œuvres dans une grande histoire d’amitié, une amitié entre les œuvres et une amitié avec chaque visiteur dans un message d’avenir à dimension universelle.

Retrouvez le discours de l’artiste et les discours officiels de l’inauguration :

https://www.louvrelens.fr/exhibition/pascal-convert/?tab=autour-de-l-exposition#onglet