Scotomes - Louvre-Lens
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Scotomes

23 dessins au pastel organisés en vidéo par Soizic Parent !

 

Chaque année, le Louvre-Lens donne carte blanche aux étudiants des établissements d’enseignement supérieur de la région Hauts-de-France, et présente leurs propositions artistiques, ludiques ou poétiques inspirées par l’exposition du moment. 

Dans le cadre de cette édition du WELL21 entièrement numérique, les étudiants participants prennent les commandes de la page Mon Louvre-Lens afin de vous présenter leurs créations, imaginées en lien avec l’exposition Soleils noirs. Une série de 11 articles et tutoriels vous attend !

Le but de cette pièce était d’utiliser mon corps pour créer quelque chose que je ne peux contrôler. 

Cette création a été élaborée en lien avec la thématique « Noir et lumière : jamais l’un sans l’autre ? », du Week-End Etudiants au Louvre-Lens. Le noir évoque la nuit, mais celle-ci n’existerait pas sans la lumière du jour. Le noir est aussi lié à l’obscurité de la mort et à son pendant incarné par l’éclat de la vie. Le noir peut aussi être considéré comme une couleur toujours liée à son opposé chromatique, le blanc.

Afin de vivre l’expérience la plus optimale de ce projet, il est préférable de lancer la vidéo dans la pénombre. Ainsi, l’œuvre évoquera cette complétude entre lumière et obscurité utilisée pour créer ces dessins. En effet, l’obscurité m’a permis de mieux percevoir ces taches de la même manière que la pénombre pourrait vous offrir une meilleure expérience de cette vidéo.

Attention aux personnes sujettes à l’épilepsie : cette vidéo peut présenter un danger.

Mon travail nommé Scotomes est donc lié à cette dépendance entre lumière et obscurité.

Dans un premier temps, j’ai choisi de retranscrire, en deux dimensions, les « taches », appelées plus scientifiquement « scotomes », que nos yeux génèrent lorsque l’on observe, pendant quelques minutes, une source de lumière naturelle ou artificielle.

Il s’agissait alors de reproduire des formes flottantes, mouvantes, évolutives et éphémères en quelques minutes avant qu’elles ne disparaissent complètement. Pour ce faire, je gardais d’abord les yeux clos après avoir observé une source lumineuse. L’obscurité me permettait de mieux comprendre, d’observer et de mémoriser les formes et les couleurs du scotome qui m’était apparu. Je rouvrais ensuite les yeux pour retranscrire ce que je venais d’observer sur mon support. Le scotome altérait alors ma vision et me forçait à dessiner à l’aveugle. Une fois que ces formes s’effaçaient de ma mémoire je refermais les yeux et ainsi de suite jusqu’à la disparition totale de ces scotomes. Il aura fallu faire preuve de concentration et de rapidité.

Je me suis inspirée du travail du physicien anglais Hubert Airy pour la retranscription de ces formes. Celui-ci était sujet, depuis 1854, à de lourdes migraines faisant apparaître dans son champ de vision des formes qu’il a décidé de représenter. Ces croquis ont aidé beaucoup de neuro-ophtalmologistes à diagnostiquer le même problème chez leurs patients : l’aura migraineuse.

Comme l’a fait Hubert Airy, j’ai reproduit mes propres scotomes au pastel jaune, bleu, rouge, vert, orange, et blanc sur un fond de papier cartonné noir. J’ai choisi de découper le tout dans une forme circulaire, évoquant la pupille d’un œil.

Lors de la production de ces dessins, je ne pouvais rien anticiper. Je n’avais donc pas le temps de réfléchir à ce que je voyais. Il fallait que je les dessine sur le champ avant qu’ils ne disparaissent. J’ai voulu faire percevoir cet état d’esprit, au spectateur. Pour ce faire, j’ai choisi de faire défiler mes scotomes très rapidement dans une vidéo. L’idée étant de reproduire l’urgence que je m’imposais et de ne laisser au spectateur que le temps de percevoir brièvement les formes et les couleurs de chaque scotome avant de passer au suivant. J’ai également souhaité évoquer l’éblouissement temporaire que j’ai utilisé en faisant apparaître mes dessins dans cette vidéo par flashes.

 

Afin de vivre l’expérience la plus optimale de ce projet, il est préférable de lancer la vidéo dans la pénombre. Ainsi, l’œuvre évoquera cette complétude entre lumière et obscurité utilisée pour créer ces dessins. En effet, l’obscurité m’a permis de mieux percevoir ces taches de la même manière que la pénombre pourrait vous offrir une meilleure expérience de cette vidéo.

Attention aux personnes sujettes à l’épilepsie : cette vidéo peut présenter un danger.

Pour élaborer ce projet, je me suis beaucoup inspirée du travail de l’artiste japonaise Yayoi Kusama. Elle retranscrit des hallucinations, qui lui apparaissent sous la forme de points, se multipliant et évoluant sous ses yeux, comme dans l’œuvre Ascension of Polka Dots on the Trees réalisée en 2006 à Singapour.

Mon travail se rapproche, également du concept d’Outrenoir de Pierre Soulages (œuvre présentée dans l’exposition temporaire Soleils Noirs au Louvre-Lens jusqu’au 25 janvier 2021) qui fait ressortir, par des œuvres telles que, Peinture 202 x 453 cm, 29 juin 1979, le lien entre noir et lumière. Il y évoque toute la complexité et la pluralité qui existe dans le noir en faisant apparaitre, paradoxalement, la luminosité dont cette couleur est composée.

L’expérience artistique que représente ma vidéo ainsi que ces formes mouvantes et éphémères sont, elles, liées à l’œuvre A is hotter than B (A est plus chaud que B) de Edith Dekyndt (œuvre présentée dans l’exposition temporaire Soleils Noirs au Louvre-Lens jusqu’au 25 janvier 2021), élaborée en 2005. Cette pièce est, effectivement, axée sur le résultat d’une expérience. L’artiste a filmé les mouvements que produit de l’encre mélangée à de l’eau, jusqu’à sa dissolution totale.

La place de la thématique du WELL 2021 « Noir et lumière : jamais l’un sans l’autre ? » est centrale dans Scotomes. Si je n’avais pas de source lumineuse, il m’aurait été impossible de générer ces formes et s’il m’était impossible de les étudier dans l’obscurité, je n’aurais pas réussi à les retranscrire aussi fidèlement. Comme le prouve l’exposition Soleils Noirs, l’ombre et la lumière sont parfaitement opposées mais, à la fois, étroitement liées : elles dépendent l’une de l’autre. Scotomes émet la même affirmation en s’inspirant des croquis scientifiques d’Hubert Airy mais aussi d’artistes comme Pierre Soulages et Edith Dekyndt dont les œuvres sont présentes dans l’exposition.