Reverse (White) Flat Cube - Louvre-Lens
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Reverse (White) Flat Cube

Installation / peinture

Chaque année, le Louvre-Lens donne carte blanche aux étudiants des établissements d’enseignement supérieur de la région Hauts-de-France, et présente leurs propositions artistiques, ludiques ou poétiques inspirées par l’exposition du moment. 

Dans le cadre de cette édition du WELL21 entièrement numérique, les étudiants participants prennent les commandes de la page Mon Louvre-Lens afin de vous présenter leurs créations, imaginées en lien avec l’exposition Soleils noirs. Une série de 11 articles et tutoriels vous attend !

 

Gustave Doré, Le loup et les brebis, 1868, estampe, (c) BnF

 

Avec Gabrielle, une expérience singulière est proposée au visiteur, par l’isolement à l’intérieur d’un cube.

L’intimité qui se crée entre le spectateur et le cube, dont les faces en matière translucide permettent d’apprécier de nombreuses nuances de noir, s’inspire du rapport mystique entretenu depuis des temps immémoriaux entre les humains et le monde nocturne. Le cube, forme emblématique de l’art minimal et des productions industrielles, est utilisé a contrario à la faveur d’une expérience sensible.  Cette œuvre tend à interroger les possibles de la pratique picturale contemporaine, au regard des expériences immersives proposées par certaines œuvres numériques dans les musées.

Voici un petit texte de présentation que j’avais écrit pour parler du projet intitulé à l’origine Reverse White Cube, il y a quelques mois, nous explique Gabrielle.

Le WELL a mué, cette année, sous une forme numérique pour des raisons que nous connaissons tous. Les projets artistiques sont abrités en conséquence sur diverses plateformes en ligne. En effet, l’écran d’ordinateur apparaît dans ce contexte particulier comme notre meilleur intermédiaire pour échanger avec des regardeurs ou regardeuses d’œuvres et partager des expérimentations plastiques ou de médiation. Cet écran d’ordinateur, qui paradoxalement nous rassemble et nous sépare autour des œuvres actuellement, m’a donné quelques sueurs froides.

Dans toutes ces nouvelles modalités, l’événement en ligne m’a incitée à repenser, ce qui n’est jamais inédit en art, le nouveau rapport entre l’œuvre et le spectateur, ici instauré par la dimension numérique du WELL. Comment parvenir à offrir aux curieux et aux curieuses une dimension sensible de l’œuvre, qui partage habituellement notre monde tangible quand elle prend corps dans l’espace, par l’intermédiaire d’une photographie sur un écran ? C’est tout plat !

A l’origine, je présentais un projet de peinture immersive, sous forme de grand cube aux faces peintes, dans lequel les visiteurs et visiteuses auraient pu s’installer. Ces faces, d’apparence noires, auraient dévoilé des références aux œuvres de l’exposition, des distorsions imaginaires des scènes représentées, par un jeu plastique prenant appui sur l’épaisseur de la matière et des transparences permises par le papier calque qui en est le support. A l’aide d’une lampe torche, j’aurais éclairé certaines parties de l’installation, pour offrir une découverte progressive des zones de couleurs aux personnes placées à l’intérieur du cube. Cette manipulation ne sera pas possible ; en revanche, les différentes photographies dans le corps de l’article permettront d’illustrer cette dualité et cette complémentarité entre le noir et la lumière, l’émergence de formes permise par la rencontre entre l’obscurité et la clarté.

Sans source de lumière additionnelle, la peinture photographiée vous apparaîtra comme un panneau sombre, une surface plissée reflétant, si elle le veut bien, quelques jeux de lumière selon les hasards plus ou moins prévisibles de la lumière environnante. En revanche, si vous positionnez une source de lumière derrière cette peinture, un peu comme le ferait un rayon de soleil dont l’apparition heureuse permet de dévoiler les couleurs d’un vitrail, vous reconnaîtrez peut-être des clins d’œil adressés à certaines œuvres de l’exposition, notamment la gravure Les loups et les brebis de Gustave Doré. Pour prendre ces photographies, j’ai scotché ces peintures sur une fenêtre et j’ai laissé opérer la rencontre entre la surface sombre et la lumière naturelle, dévoilant les couches de peinture et d’encre appliquées sur ce grand support solide mais translucide quand il est vierge.

Ce qui devait être un cube est dont devenu relativement plat, sans corporalité, (d’où la conversion du « Cube » en « Flat Cube »), mais vous pouvez discerner de chez vous un loup et un mouton câlins endormis et peut-être aussi un paysage nocturne de bord de mer, dont on ne sait s’il est vraiment terrestre. Aussi plate soit donc cette image, je vous propose de vous immerger dans un récit parallèle autour de ces œuvres. Et si les loups et les brebis qui se rencontrèrent dans la gravure de Gustave Doré étaient devenus des bons amis ? Et si Héro et Léandre s’étaient envolés vers une planète plus clémente envers leur amour ? Le paysage de Louis-Marie Baader pourrait devenir une peinture-selfie, comme une carte de vœux, envoyée par les amoureux sur la terre !

Le langage et la pratique artistique sont étroitement liés, qu’il s’agisse de discourir sur une œuvre que l’on voit, d’amorcer des explications, de partager ses sentiments ou que l’artiste s’explique sur ce qu’il a souhaité offrir. Les paroles, vives ou rapportées, permettent donc d’étendre les récits des œuvres bien au-delà de leur surface, et ces discours la travaillent intrinsèquement, presqu’autant que de la peinture ou de l’argile. Aussi, j’espère que cette petite note vous aura permis de vous immerger dans ce projet et de vous inventer des histoires merveilleuses.

Dans un ouvrage intitulé Confiscation, Marie-José Mondzain évoquait l’invention des lampadaires. Ces derniers éclairent la nuit et procurent, précisément par leur lumière, un sentiment de sécurité. L’effet pervers à ce bienfait étant, selon la philosophe et de mémoire, de confisquer le mystère heureux de l’obscurité, qui est pourtant à l’origine de bien des explorations, dont les contours peu formés sont favorables à la pensée. J’espère donc, enfin, que ces quelques mots vous auront permis de découvrir ces peintures à la manière d’une bougie : rassurants par leur présence, et propices à l’exploration personnelle de l’obscurité des formes, dont vous ferez immerger la lumière par le charme de vos rêveries et par la force de votre imagination.

Comme un regard attentif sur une œuvre la fait vivre et exister, soyez les artistes du WELL et contez-moi votre histoire, à l’appui des photographies.