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Propre comme un sou neuf ! Épisode 1 : C’est l’heure du bain !

Chroniques de l’hygiène et des soins du corps à travers les âges, par Marion

Jacopo Robusti, dit Tintoret
Venise (Italie), 1518 – Venise (Italie), 1594
Suzanne au bain
1550
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre
Photo © RMN-GP (musée du Louvre) / Thierry Le Mage

C’est du propre !

Ce tableau de Tintoret, l’un des plus grands artistes italiens du 16e siècle, représente un moment de l’histoire biblique, raconté dans le Livre de Daniel. Épouse de Joachim, Suzanne se baigne tranquillement dans un jardin en compagnie de ses servantes. Elle est épiée par deux vieillards (en haut à droite du tableau), qui l’accusent d’adultère (une faute très grave) alors qu’elle refuse de répondre à leurs avances. Elle est finalement innocentée au cours d’un procès par le jeune Daniel, qui réussit à prouver son innocence et sa vertu. Les deux vieillards se retrouvent alors… le bec dans l’eau !

Tintoret est malin. Il sait comment séduire sa clientèle, en choisissant un sujet à la mode. Les représentations de femmes au bain se multiplient en effet à la Renaissance. Elles sont une occasion pour les artistes de présenter des corps nus et sensuels.

Quand l’hygiène prend l’eau…

Si, dans l’Antiquité, les villes sont équipées de bains publics, chauds ou froids, on commence, à partir du 16e siècle, à se méfier de plus en plus de l’eau. Les épisodes de peste, au Moyen Âge, n’arrangent rien. On pense que les pores de la peau, que l’eau chaude ouvre, laissent passer les infections. Les bains et les étuves, jugés dangereux, ferment progressivement. On se barricade dans sa peau et ses vêtements comme on fermerait les portes d’une maison. Une idée loufoque circule même : une femme pourrait contracter une « grossesse d’étuve », c’est-à-dire tomber enceinte en restant immergée trop longtemps dans un bain fréquenté par un homme !

Au 17e siècle, la pratique du bain se perd : dans la sphère aristocratique, la propreté passe par d’autres stratagèmes et dissimulations : changer de linge de corps plusieurs fois par jour, se poudrer, se parfumer. Les bains thérapeutiques, ou pour des occasions importantes, sont parfois pratiqués, mais ils restent rares. On privilégie alors l’eau des rivières, à haut débit, car l’eau des tuyaux, stagnante, inspire la méfiance.

Au 18e siècle, on recommence à se baigner. Les aristocrates s’immergent, dans l’intimité de leurs appartements. Les valets, complices de ce moment, veillent à la chaleur de l’eau. On peut même en profiter pour inviter ses courtisans et discuter.

Victoire ! En 1751, L’Encyclopédie mentionne le mot « baignoire » et en donne même une définition. Les baignoires sont généralement en cuivre, ou en bois cerclé de métal. Elles s’allongent et prennent leurs formes actuelles. On ne se méfie plus autant de l’eau, car les angoisses liées aux transmission des miasmes diminuent. Ouf !

Allez Louis, on frotte !

Un comble : ce tableau fut vendu à Louis XIV en 1684. Or, il semblerait que le roi Louis XIV n’ait pris que quelques bains dans sa vie, et chaque fois pour des raisons médicales, sur ordre des médecins. Cela ne signifiait pas qu’à Versailles, on ne faisait pas attention à son apparence. Bien au contraire… Être « propre », c’est-à-dire bien vêtu et parfumé, était l’un des commandements de base du paraître en public !