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Promenade dans la Galerie du temps en compagnie de Charles Le Brun ( 1619-1690)

Catherine vous propose trois pas en Galerie du temps, en compagnie des plus grands…

Promenade dans la Galerie du temps en compagnie de Charles Le Brun ( 1619-1690)

Son attention vient d’être attirée vers le côté droit tandis que sa bouche esquisse une parole ; sous une arcade sourcilière définie avec vigueur, les paupières fatiguées trahissent un homme d’âge mûr confiant dans son autorité. Le nez, puissant bien que fin, confirme la fermeté de ses choix. La splendeur de sa perruque ainsi que la richesse de son manteau soulignent la finesse de sa chemise. La fine broderie du col attire discrètement l’oeil par un ravissant bouton, habile travail d’orfèvre. Comme pour équilibrer l’inclinaison de son visage, s’échappe de sa chemise un lourd pendentif qui s’oriente ostensiblement vers le coeur. Il s’agit du bien probablement le plus précieux de cet homme distingué : le portrait du roi entouré de diamants, présent du roi lui-même à son premier peintre. C’est ainsi que se présente à nous Charles Le Brun sous le ciseau expert de Coysevox en 1679.

 

Antoine Coysevox
Lyon (France), 1640 – Paris (France), 1720
Portrait présumé de Charles Le Brun, premier peintre du roi de France Louis XIV (1643-1715)
Vers 1671
Marbre
Paris, musée du Louvre
Photo © RMN-GP (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

 

 

L’Académie royale de peinture et de sculpture reçoit Coysevox le 11 Avril 1676, Le Brun étant chancelier de l’Institution et Girardon le recteur. Coysevox propose d’exécuter le buste de Le Brun en marbre. Le buste est remis le 28 Septembre 1679, l’Académie se montrant « très satisfaite d’un présent de cette importance, l’estimant beaucoup tant pour l’excellence de l’ouvrage que pour la dignité du sujet » et confirme ainsi la réception du sculpteur*.
Nous laisserons à Françoise de la Moureyre et aux spécialistes de Coysevox le soin de présenter ce grand sculpteur pour davantage nous concentrer sur ce qui a pu provoquer l’immense plaisir de l’Académie en recevant l’image d’un sujet aussi digne. La Galerie du temps présente en quelques oeuvres proches de cette effigie un résumé de son travail.

 

Louis XIV, roi de France (1643-1715), terrassant une figure allégorique de la Fronde
Gilles Guérin
Paris (France), 1606 – Paris (France), 1678 1653
Terre cuite
Paris, musée du Louvre
© Photo : Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Pierre Philibert

 

À quelques pas de Le Brun, nous trouvons la représentation de Louis XIV vainqueur de la Fronde, du sculpteur Gilles Guérin. Lors de ces terribles évènements, Nicolas Fouquet prouve sa fidélité indéfectible à la monarchie, à défaut d’être vierge de toute idée d’enrichissement. Chargé par Mazarin de renflouer les caisses de l’État, il travaille avec Colbert. À la mort de Mazarin en 1661, la décision de Louis XIV « de gouverner par lui-même » le prive de la charge de « premier ministre » qu’il escomptait. Peu importe: il présente la magnificence de son château de Vaux au roi le 17 août 1661, inconscient de causer sa perte; mais heureux de présenter le sommet de l’art contemporain au jeune roi. Charles Le Brun est à l’origine du dessin des statues du parc, des tapisseries dont il a dirigé la manufacture, des meubles ainsi que des peintures ; malheureusement, « le palais du soleil » qui doit orner la coupole du « salon » n’est pas encore réalisé quand Nicolas Fouquet est arrêté et tombe dans une éternelle disgrâce.
Reconnu par Colbert lors de ces étranges évènements, Charles Le Brun est présenté au roi pour être chargé des décors du Louvre, et très vite de Versailles. Ce que la galerie du temps nous rappelle avec le portrait de Mansart, architecte du roi.

 

Hyacinthe Rigaud
Perpignan (France), 1659 – Paris (France), 1743
Portrait de Jules Hardouin-Mansart, architecte du roi de France Louis XIV (1643-1715)
1685
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre
Photo © RMN-GP (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

 

On ne retiendra ici que la galerie des Glaces dans les travaux de Mansart dans la mesure où c’est peut-être le témoignage le plus éclatant de la collaboration entre l’architecte et le décorateur Charles Le Brun**. En effet, si le grand décor peint de la galerie des Glaces, tout à la gloire du jeune roi est son oeuvre personnelle, il ne faut pas oublier qu’il est à l’origine de la coordination de tous les métiers présents dans la galerie des Glaces, qu’il s’agisse des stucs, mobiliers, glaces etc… Et c’est dans ce métier d’organisateur et de coordonnateur qu’il fait preuve des qualités qui seront louées à la manufacture des Gobelins: écoute, respect des artistes et artisans travaillant pour lui, contrairement à une légende tenace d’autocratie***.
Mais réduire Charles le Brun à ce grand rôle de peintre et de décorateur serait par trop limitatif de son oeuvre. Ce que loue Coysevox dans ce portrait magistral, est la grandeur d’âme du peintre, de l’artiste. Derrière son expression aimable (fig.1), on sent poindre une inquiétude. Ses sourcils si bien marqués soulignent l’agitation de ses pensées. Au sein de l’Académie de peinture et de sculpture, Charles le Brun s’affirme comme un théoricien. Il devra s’interroger et même prendre parti dans la grande querelle qui oppose les tenants du dessin à ceux de la couleur : son choix finalement pour le dessin ne laisse d’interroger quand on remarque le soin qu’il accorde à la couleur comme on pourra le remarquer dans sa Marie -Madeleine présente dans la Galerie.
L’expression des passions retient toute son attention au point d’en faire une théorie. Il insiste sur le lien entre corps et âme et attache aux sourcils le rôle de traducteur de l’âme par le corps; l’ouverture de la bouche révèle la parole de la peinture.
Il insiste aussi sur l’importance du moment choisi pour représenter la scène. Ainsi, dans Sainte Marie-Madeleine renonçant aux vanités du monde, datée des années 1654-1657, on note que le moment est précisément dépeint.

 

Charles Le Brun
Paris (France), 1619 – Paris (France), 1690
Sainte Marie-Madeleine renonçant aux vanités du monde
1654-1657
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre
Photo © RMN-GP (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

 

La nuée qui semble sortir du cadre de la fenêtre insiste sur le trouble de l’âme de Marie-Madeleine, trouble qui justifie la violence de son geste qui rejette avec détermination son manteau. La lueur qui déchire le nuage et annonce la douceur du ciel bleu enveloppant le paysage confirme à la sainte qu’elle est dans la bonne direction : oui, il lui faut renoncer à sa vie faite de vanités, meubles élégants et raffinés, dernier cri de la mode, bijoux jetés au sol, précieuses étoffes. A ce sujet, observons la maitrise de Le Brun dans la couleur du coussin au premier plan, qui laisse briller les fils d’or mêlés à la soie lumineuse, et qui unifie la toile par les fils qu’il crée en liant manteau et châles et paysage de l’arrière plan… Le regard de Marie-Madeleine, perdu de repentir et d’espoir dans la sagesse de la décision qu’elle vient de prendre est dénudé de toute théâtralité mais soucieux de vérité: l’arc de ses sourcils magnifie l’expression de Marie -Madeleine implorant l’aide divine, sa bouche laisse échapper un soupir trahissant la faiblesse de sa conduite dont elle a maintenant conscience. Le drame est exprimé dans le langage retenu d’un XVIIème siècle grandiose que Charles Le Brun tente de codifier.

Ce que trahissent encore les sourcils de Charles Le Brun dans ce souvenir laissé par Coysevox c’est aussi l’énergie. L’énergie d’un homme qui, en plus des différents aspects que nous avons pu apercevoir dans la Galerie, soutient complètement et le roi et son premier ministre en la personne de Colbert. Si la galerie des glaces entre autres est là pour témoigner du rayonnement de la France dans le domaine des Arts, il faut aussi que la France s’impose au monde par le poids de son économie. Colbert se charge de créer des richesses et s’attache à produire en France pour exporter le savoir-faire d’un pays riche en main d’oeuvre et en talents, et se fait fort d’importer le moins possible! Née en 1601 sous Henri IV, la manufacture des Gobelins est chargée des tapisseries. Mais, en 1662, Colbert la renouvelle complètement pour en faire la Manufacture Royale des Gobelins, placée sous l’autorité du surintendant des Bâtiments de France avec à sa tête le premier peintre du roi, Charles Le Brun, nommé en 1663. C’est ainsi que Charles Le Brun dirige artistes peintres, fondeurs, sculpteurs de tous ordres, ébénistes et bien sûr, lissiers. Bénédicte Gady rappelle que Charles Le Brun est très apprécié aux Gobelins « qu’il dirige comme un père de famille »****. C’est dans le cadre de la manufacture des Gobelins que l’on peut rapprocher la table de pierres dures commandée à Florence par Colbert.

 

Florence, Italie
Plateau de table à décor floral
1668
Mosaïque de marbre et pierres dures
Paris, musée du Louvre
Photo © RMN-GP (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

À l’issue de cette commande, deux artisans débauchés de leur atelier florentin seront à l’origine de l’atelier de pierres dures sous la direction de Charles le Brun. Coysevox, par la souplesse des chairs sans embonpoint de ce visage actif a su révéler au spectateur que nous sommes la personnalité d’un homme de caractère, attentif au savoir faire, mais plus encore à l’humain.

 

Notes :

* Charle Le Brun, Françoise de la Moureyre, catalogue de l’exposition du musée du Louvre-Lens, p. 78
** Se reporter à Alexandre Maral, catalogue d’exposition, p. 42 et suivantes pour le rôle de Charles Le Brun dans le décor de Versailles
*** Gady, Milovanovic, catalogue d’exposition, p. 17
**** Gady, catalogue d’exposition, p. 78

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