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Les nouveaux « codes » de l’image après Pablo Picasso, Roman Opalka et Pascal Convert

Picasso était nourri par ses pairs, c’est entre Roman Opalka et Pascal Convert que je me place en tant que jeune artiste ici, le tout dans l’ère de mon temps : le post-digital.

Présentation de l’artiste :

FERREIRA Thomas, Étudiant en double Cursus Master 1 Art parcours : Exposition – Production des œuvres d’art contemporain et DNSEP 4ème année à l’Esaï Dunkerque/Tourcoing.

Des lettres aux l’images :

Les arts ne m’étaient pas prédestinés, mon cursus artistique est né d’un heureux hasard. De fait, après un baccalauréat littéraire obtenu avec une mention, suivi d’une année en licence Lettres Modernes à l’université de Rouen Normandie en 2018, je me retrouve face à un obstacle lorsqu’une fois de plus je tente ma chance pour intégrer un BTS Audiovisuel. C’est un énième refus auquel je dois me confronter. Deux ans de refus et je me retrouve abattu sans volonté de continuer dans le milieu littéraire, milieu dans lequel j’avais pour autant de grandes affinités. Néanmoins sans raison apparente et n’étant pas doté de talents particuliers pour les arts, contrairement à mes futurs camarades de Licence, je m’inscris au hasard à un mois de la rentrée en Licence arts parcours Arts Plastiques et Visuels à l’Université de Lille. Lors de cette première année en arts plastiques j’éprouve une bonne aisance dans les matières théoriques dans lesquelles paradoxalement je cultive à nouveau mon plaisir des lettres, mais les matières plastiques me font en partie défaut. Au cours de la deuxième année, je commence à développer et à lier mes réflexions théoriques à ma recherche plastique, ce qui me permet assez tôt de me définir dans une démarche, démarche fortement imprégnée de lectures philosophiques. Les deuxième et troisième années de licence auront été des années qui m’ont particulièrement enrichi notamment en mettant entre mes mains de grandes responsabilités : porteur du projet de l’exposition Show-Off en collaboration avec le collectif Welchrome, Présidence de l’association Artefac(t), tutorat envers des étudiants de Licence 1 Arts Plastiques et Visuels, exposant à l’exposition Starter 7 etc. Après l’obtention du diplôme de Licence en mai 2021, je tente ma chance au concours d’intégration au DNSEP de l’Esä Dunkerque/Tourcoing tout en préparant mon intégration au Master 1 Arts, Parcours : Exposition – Production des œuvres d’art contemporain. C’est alors, qu’aujourd’hui je continue mes études dans ce double cursus qui me permet de me saisir d’incroyables opportunités : collaboration art et science (PRIST), exposition ainsi que la possibilité de participer à l’appel à projet des Week-ends Étudiants du Louvre-Lens.

Démarche de l’artiste :

Ma recherche plastique s’ancre dans une réflexion autour de l’image numérique. Nous sommes à l’ère du post digital, le numérique est là, et nous ne sommes plus dans l’illusion d’un monde numérique à part du monde réel. Le numérique a épousé le monde physique, la révolution numérique est terminée, nous sommes dans une vibration entre le virtuel et le réel où l’un est entré dans l’autre et inversement. Si bien, que d’après Nicholas Negroponte nous ne pourrions plus vivre sans lui : «Comme l’air et l’eau, le numérique ne se remarquera que par son absence, jamais par sa présence ». Le monde actuel est unique et connecté. Depuis le tournant numérique l’image est considérée comme étant dé-matérielle. L’idée d’une perte se fait ressentir, or, il ne s’agit que de la transposition du grain au pixel, l’image est toujours autant matérielle: interfaces, câbles, internet, serveur etc. Ainsi, mon propos plastique tend à mettre en avant l’ubiquité et le paradoxe dé(s)matérialité(s) de l’image. Pour ce faire, j’émets l’hypothèse que l’effacement aux sens défini par Maurice Fréchuret dans son ouvrage Effacer : Paradoxe d’un geste artistique serait à la manière de la citation de Nicholas Negroponte ci-dessus un moyen qui par « l’absence » ou l’ablation de remarquer la matérialité concrète du numérique.

Présentation de l’œuvre :

Thomas FERREIRA, Ode aux Bouddhas de Bâmiyân après Pascal Convert, Janvier 2022, papier gaufré, 1x10m.

L’essence même du projet est né de la découverte de l’œuvre de Pascal Convert intitulée Panoramique de la Falaise de Bâmiyân réalisée en 2016 et présentement exposée dans la Galerie du Temps au Louvre-Lens. Œuvre découverte suite à l’appel à projet des Week-end Étudiants du Louvre-Lens, cet appel, en lien avec l’exposition les Louvre de Picasso nous proposait de prendre modèle de la figure de Picasso qui lui-même prenait modèle et inspiration sur les grand artistes classique pour créer en déambulant dans les collections du Louvre. En ce sens, c’est en déambulant au sein du Louvre-Lens que j’ai pris inspiration du grand artiste contemporain qu’est Pascal Convert. L’œuvre photographique de Pascal Convert donne à voir quelque chose qui n’est plus, il s’agit d’une trace, une empreinte qui n’est pas celle d’un « ça-a-été » car l’œuvre n’est pas issue d’une prise de vue unique mais bien d’une compilation d’images superposées de manière à créer l’image la plus précise du lieu. Il s’agit de l’empreinte directe et précise de la falaise sur ce « papier » photosensible. La photographie est un objet de trace archiviste, mais ici, elle porte une dimension de trace plus forte car l’image nous laisse voir les « empreinte » des bouddhas laissés dans la roche, les négatif ou fantômes photographique des bouddhas. Les Bouddhas de Bâmiyan relèvent d’une histoire commune qui nous dépasse, d’un patrimoine historique, humanitaire disparu. Nourri par l’œuvre de Pascal Convert et mes propres recherche sur l’image, je propose ici un texte, ou du moins le premier vers d’une poésie ontologiquement surréaliste. De fait, on a souvent considéré le numérique comme étant dématériel, or comme explicité plutôt, le numérique est matériel, il ne s’agit dans le cas de l’image que d’une transposition du grain au pixel. Mais le pixel avant d’être lu par une interface le rendant visible, il n’est autre que des bits, des données en code binaire. Ainsi, j’ai transposé le rapport à la perte des Bouddhas à la « perte de données » que l’on attribue communément à l’image numérique, ainsi, j’ai multiplié les « traductions »/conversions de système de codage pour perdre toute lisibilité. De ce fait, au cours de recherches, j’ai pu me procurer la toute dernière image des Bouddhas de Bâmiyân issue d’une vidéo réalisée par les talibans où cette destruction y est montré à des fin de propagande, ainsi je n’ai eu qu’a extirper l’image finale où les Bouddhas sont encore debout (image ci-dessous).


image issue de la vidéo réalisée par les talibans à des fins de propagande

De cette image, j’y ai extirpé tout le code hexadécimal de l’image (système de conversion du binaire) qui par la suite a été converti en code binaire.


code héxadécimal de l’illustration ci-dessus

Enfin, j’ai traduit le binaire en morse de manière à donner ce premier vers « poétique »: 0O TÐI O0 O5 5S EÉI « N &G AÉT &G. Ce vers ne renvoi à rien d’autre qu’au fait qu’il est référent direct de l’image, il s’agit d’une poétique de l’image au sens stricte du terme, dans chaque images se cache un poème. Ce texte poétique est par essence tautologique. Il ne veut rien dire, mais renvoi à lui-même mais semblerait presque relever d’une langue ancienne disparu telle que les Bouddhas de Bâmiyân. La perte de lisibilité/ l’effacement initié dans le projet est double, elle existe de par le texte en lui-même mais aussi de la manière dont celui-ci est représenté. En effet, le vers est à peine lisible, la technique de gaufrage sur papier donne une touche très fine à parfois à peine perceptible selon les jeux de lumières. La facture efface le texte et par conséquent l’image, et ce de par un « effacement par recouvrement » en une sorte de saturation du papier gaufré du code binaire de l’image auquel se surimprime le vers poétique.