Femmes guerrières ! - Louvre-Lens
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Femmes guerrières !

Une visite qui questionne la représentation de la femme dans la Galerie du temps, par Nelly.

Femmes guerrières, une visite proposée par Nelly
Des stéréotypes assimilent l’image de la femme à la douceur, à la fragilité et nullement à la violence ni à la guerre... Et pourtant, deux œuvres, deux déesses, de la Galerie du temps donnent une vision bien différente de ce type de cliché : Anat et Minerve !

 

Syrie, vers 1500-1250 avant J.-C., Déesse armée d’une hache, d’un poignard, d’une épée et coiffée d’une tiare à cornes, Syrie, bronze, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

 

Déesse armée d’une hache, d’un poignard, d’une épée et coiffée d’une tiare à cornes

Quel arsenal !!!

Originaire de Mésopotamie (Irak et Syrie actuels), datant de 1500-1250 avant J.-C., cette figurine en bronze d’une jeune femme, aux petits seins discrets, la jambe gauche en avant (comme dans la statuaire égyptienne), les poings solidement serrés sur son arsenal guerrier et le regard déterminé représente peut-être la déesse Anat.

Son attitude évoque davantage une divinité orientale masculine comme Baal, dieu du ciel, dieu universel, celui de la foudre mais aussi de la pluie bienfaisante, brandissant souvent lui aussi une masse d’armes. Il avait pour sœur justement, Anat, déesse de la guerre, farouche et complice combattante de son divin frère et… amant ou époux. Dans le « Cycle de Baal », textes de la mythologie de l’ancienne Ougarit (cité située en Syrie) décrivant l’ascension du dieu Baal à la royauté des Dieux, elle vient à son aide, combat pour le libérer de Mot, Dieu de la mort, et le libère des Enfers. Parfois elle peut calmer ses colères et jouer un rôle de médiatrice pacifiste…

Elle sait « déterrer la hache de guerre mais aussi l’enterrer »

Anat est armée d’une hache à long manche, symbole associé à la foudre, à la destruction et à la colère dans toutes les religions antiques ; la hache est aussi un signe de la divinité tout autant que la fameuse tiare à cornes omniprésente, dans la Galerie du temps. Souvenez-vous : cette tiare à plusieurs rangs de cornes qui coiffe les anciens dieux mésopotamiens…

Prompte à dégainer, elle porte contre son torse, une épée signe de bravoure et de puissance, « au garde à vous » dans le fourreau. De la main gauche, Anat tient également un poignard pour un combat rapproché. Cette farouche déesse, non par les traits juvéniles mais par l’attirail d’attaque et de défense, semble prête au combat malgré une absence notoire de protection au niveau des membres, des pieds et du torse. Elle est en effet simplement vêtue d’une tunique courte.

On retrouve son culte en Égypte durant le Nouvel-Empire, comme celui de Baal (celui-ci sous la forme de Seth, frère d’Osiris). Suite à la politique expansionniste des pharaons, les Égyptiens sont mis en contact avec de nombreuses divinités d’origine asiatique. Progressivement, Anat coiffée de la couronne de Haute-Égypte ornée de deux plumes, armée d’une lance et d’un bouclier, entrera dans le panthéon égyptien, en charge de la protection du pharaon au combat. Assimilée parfois à Hathor (déesse à la double personnalité, elle célèbre la musique et la joie tout en menaçant l’humanité de son courroux), elle sera aussi déesse de l’amour et de la fertilité.

De cette représentation féminine émane, depuis plus de 3500 ans, malgré les armes, non une impression de violence, de cruauté, mais une image bien féminine de résistance, d’invincibilité et de détermination, encore davantage perceptible, lorsqu’on la contemple de profil.

 

Femmes guerrières : Réussir l’amalgame de l’autorité et du charme.

La déesse romaine Minerve en armes :

Baccio della Porta, dit FRA BARTOLOMEO (1473-1517), Minerve, vers 1490, huile/toile, musée du Louvre – département des Peintures © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

 

Œuvre florentine de Fra Bartolomeo (1473 – 1517), cette huile sur bois date de 1490, période de la première Renaissance, à la fin du Quattrocento. Elle a échappé à l’autodafé* de « l’ordre moral », institué par « le fou de Dieu » Savonarole, à Florence à la fin du 15e siècle. Fra Bartolomeo, frère dominicain, a aussi peint en 1495, le célèbre portrait de profil de Savonarole, que l’on peut voir au musée San Marco de Florence.

Déesse de la sagesse et de la guerre

Minerve appartient sans doute au même ensemble décoratif non encore identifié aujourd’hui d’héroïnes célèbres comme Porcia, (Galerie des Offices de Florence) représentant la deuxième épouse, vertueuse (qui se suicidera « brrrrrr », en avalant des charbons ardents) de Brutus, un des assassins de Jules César.

Son pendant, exposé actuellement au Louvre-Lens,  La déesse romaine Minerve en armes, Athéna chez les Grecs, est la déesse de l’éclair et des batailles, de l’intelligence et des Arts et de la vertu. Son profil droit est l’emblème de l’Institut de France, dont dépendent les cinq académies françaises. Traditionnellement, l’Égide, sa cuirasse et son bouclier protecteur, la chouette visible sur son casque et enfin l’olivier, sont ses attributs.

De l’autorité et du charme

Fille de Jupiter, née de sa tête armée, prête au combat…et de la nymphe Métis (« la ruse »), Minerve, dans une posture (dé) hanchée typique du contrapposto* des sculptures antiques gréco-romaines, pose dans un quasi trompe l’œil architectural. Son pied gauche dépasse, hors du cadre, accentuant l’effet illusionniste, déjà rendu par l’architecture faite de deux pilastres décorés de ce que l’on appellera bientôt des grotesques*.

Yeux modestement baissés, car elle aussi vertueuse, sous son casque d’où s’échappent deux fines tresses blondes, avec son ventre, légèrement bombé si féminin, malgré l’élégance de sa cuirasse ornée de bijoux et de lambrequins menaçants, Minerve reste gracieuse. Pourtant, en vraie guerrière, elle tient un bouclier avec la Méduse*, une lance et, à sa taille sous le bras gauche le pommeau de son épée, se terminant par un visage masculin sculpté.

Ses atours très colorés ne masquent pas ses « charmes ». Même si un pudique voile assez transparent cache la tunique courte au-dessus des genoux, les jambes et les cothurnes* de cette Minerve qui, comme Anat, aurait tenté de « réussir l’amalgame de l’autorité et du charme »…

Petit lexique, pour compléter :

Autodafé : Destruction par le feu

Contrapposto : « Posture d’un personnage dessiné, peint ou sculpté, dans laquelle l’une de ses deux jambes porte tout le poids du corps. L’autre jambe est libre et légèrement fléchie, ce qui fait ressortir la hanche et donne du dynamisme à la composition. Le tout est compensé par l’inclinaison inverse des épaules. Le contrapposto apparaît dans la sculpture grecque à la fin du 6e  siècle av. J.-C. Il marque la transition entre l’art archaïque et le premier classicisme ».

Cothurnes : Sorte de chaussure montante entourant le pied et le mollet lacée, portée par les anciens Grecs

Grotesques : montages fantaisistes, chimériques d’éléments divers (architectures, vases, guirlandes, rinceaux… L’origine vient des ornements aux motifs étranges de la Domus Aurea, la (Maison Dorée) de Néron, découverte au 15e siècle à Rome.

Méduse : Dans la mythologie grecque, il s’agit de l’une des trois Gorgones, un monstre à la chevelure formée de serpents et au regard qui change en pierre ceux qui ont le malheur de le croiser. Méduse fut tuée par Persée. Sa tête orne le centre du bouclier d’Athéna.