Dis-moi ce que tu portes et je te dirai qui tu es - Louvre-Lens
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Dis-moi ce que tu portes et je te dirai qui tu es

Dis-moi ce que tu portes et je te dirai qui tu es
Cherchez les indices dans la Galerie du Temps, une enquête proposée par Nelly !

De la tête aux pieds, un simple détail vestimentaire, une caractéristique, peuvent permettre d’identifier d’un seul coup d’œil, le personnage mythologique, biblique, historique, religieux, légendaire qui est représenté, peint, sculpté ou dessiné et le situer ainsi dans l’Histoire de l’Art et de l’humanité.

Et d’abord, cette question :

Qui est « tout nu » dans la Galerie du temps ?

Des quantités de dieux, de déesses, de héros, de personnages bibliques, comme Suzanne au bain peinte par le Tintoret, exposent leur anatomie. Mais, il est plus improbable qu’un empereur français « exhibitionniste » se dénude aussi. Et pourtant…

Sans sa redingote, ni son bicorne, ni la main dans le gilet – et pour cause, il n’en a pas – on reconnaît Napoléon Bonaparte. Ce n’est pas le corps athlétique qui nous met sur la piste mais les traits du visage archi connu, coiffé d’une couronne de lauriers, le faisceau d’outils et instruments liés aux Arts tenu à la main et la présence à ses côtés de sa deuxième épouse, Marie Louise d’Autriche – vêtue elle – et prête à peindre avec ses pinceaux.

A la demande de Vivant Denon, véritable ministre de la culture avant la lettre, ce bronze et son pendant sont commandés à Louis-François Jeannest, pour représenter le couple impérial en Protecteur des Arts. Inspirés des statues antiques, ils ne plairont pas plus à Napoléon que son immense nu héroïque de 3,45 m de haut le représentant en Mars désarmé et pacificateur, qui a été réalisé par le sculpteur néoclassique, Antonio Canova, conservé à Londres dans l’actuel musée Wellington !

En réalité, Napoléon désirait davantage donner à ses contemporains et à la postérité « l’image du conquérant, du législateur au travail, de l’homme d’État providentiel plutôt que de l’Imperator héroïque, divinisé, protecteur des Arts » et qui plus est en tenue d’Adam !

Louis-François JEANNEST Paris (France) ?, 1781 – Paris (France) ?, 1856 1812 Napoléon Bonaparte (1769-1821), empereur des Français de 1804 à 1815 sous le nom de Napoléon Ier, et sa seconde épouse l’impératrice Marie-Louise d’Autriche (1791-1847) Bronze musée du Louvre © RMN-GP (musée du Louvre) / Daniel Arnaud

 

Qui porte une tiare à cornes ?

Il s’agit d’une coiffe réservée aux divinités mésopotamiennes et aux « maîtres ». On la retrouve dans différentes cultures. Elle s’enrichit de paires de cornes, selon la puissance et la notoriété du personnage, allant de 2 à 8 paires de cornes parfois.

Qui porte un Kaunakès ?

En grec, ce mot signifie « toison ». Hommes et femmes, dans le Moyen-Orient antique et plus particulièrement en Mésopotamie et à Sumer, pouvaient porter cette longue jupe ou robe méchée, faite de peau de mouton ou de chèvre, en tissu à longues mèches imitant les poils d’animaux. Davantage utilisé pour des cérémonies religieuses, le kaunakès est constitué de longues pièces rectangulaires qui s’enroulent en spirale autour du corps. Il se porte par-dessus une tunique.

Girsu ? (aujourd’hui Tello), Mésopotamie (Iraq actuel) Homme debout en prière Vers 2400 avant J.-C. Albâtre et coquille Paris, musée du Louvre © RMN-GP (musée du Louvre) / Raphaël Chipault

 

Qui porte, avant de le lancer, un disque ?

C’est un athlète grec qui pratique l’épreuve sportive du lancer de disque d’un poids allant de 1 à 4 kilos. Parmi les épreuves des jeux olympiques, outre le pugilat (boxe), la course de chars et la lutte, figurait le pentathlon, composé de 5 compétitions (course, lutte, saut en longueur, lancer du javelot et du disque).

Modèle romain du 2e siècle après J-C, ce discophore reproduit un original en bronze, aujourd’hui perdu, créé par le sculpteur grec Naucydès au début du 4e siècle av. J.-C., reproduction d’une œuvre du bronzier Polyclète, (5e siècle av. J.-C.). Le discophore, concentré et crispé est saisi dans l’instant qui précède le lancer du disque. L’attitude du jeune homme au corps parfait va au-delà du contrapposto (posture où l’une des jambes supporte le poids du corps, l’autre étant légèrement fléchie) remis au point par Polyclète. « Chez les Grecs anciens, la nudité du corps, son équilibre, la découpe harmonieuse des membres et des muscles, en un mot la beauté physique, étaient inséparables de la vertu et de l’intelligence ».

D’après Naucydès Actif vers 400-390 avant J.-C. Athlète tenant un disque, copie romaine d’un « Discophore » de bronze Vers 130-150 avant J.-C. Marbre H. 1,67 m (avec la plinthe) Paris, musée du Louvre © RMN-GP (musée du Louvre) / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

 

Qui porte l’anastolé ?

Alexandre le Grand est reconnaissable sur cette sculpture, non… à la… couleur de ses cheveux décolorés par le safran, caricaturés dans le biopic et …péplum d’Oliver Stone en 2004, avec un Colin Farell au brushing léonin et hyper oxydé mais à l’anastolé, cet épi caractéristique qu’il a sur ses nombreuses représentations, au sommet du crâne. Peu visible sur cette sculpture, copie romaine d’un portrait en bronze d’après Lysippe, il aurait souffert en outre d’un torticolis congénital qui le représentait souvent le cou penché.

Alexandre le Grand aurait été un des premiers « souverains » du monde à maitriser autant sa communication, lui qui a confié au sculpteur Lysippe et au peintre Apelle, son image.

D’après Lysippe Actif vers 370-300 avant J.-C. Alexandre le Grand, roi de Macédoine (336-323 avant J.-C.), copie romaine d’un portrait de bronze d’Alexandre nu brandissant une lance Vers 130 après J.-C. Marbre H. 62 cm Paris, musée du Louvre © RMN-GP (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

 

Qui porte un bonnet phrygien ?

Non seulement, il est porté par les sans culottes durant la Révolution française, symbole de la liberté, de l’égalité, du civisme, mais aussi par les esclaves affranchis de l’Empire romain. Le bonnet phrygien est commun à plusieurs peuples indo-européens orientaux de l’Antiquité, comme les Thraces, les Phrygiens, ainsi que les Scythes d’Eurasie centrale. Cette coiffe aurait été portée par Pâris, fils de Priam, originaire de Phrygie, dans l’Iliade. On le trouve aussi porté par les rois mages sur les reliefs des fresques paléochrétiennes ou par les prisonniers perses sur des bas-reliefs. Mais il est surtout porté en Perse, par la divinité Mithra. Le bonnet phrygien coiffe bien sûr notre Marianne nationale, la figure allégorique de la République française, mais se retrouve aussi dans nombre d’armoiries de pays latino-américains et accessoirement… sur la tête des schtroumpfs !!!

Capitole, Rome, Italie Relief représentant Mithra, dieu iranien du Soleil, sacrifiant le taureau Vers 100-200 après J.-C. Marbre H. 2,54 ; l. 2,75 ; ép. 0,80 m Paris, musée du Louvre Relief représentant Mithra, dieu iranien du Soleil, sacrifiant le taureau Capitole, Rome, Italie Vers 100-200 après J.-C. Marbre Paris, musée du Louvre © RMN-GP (musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

 

Qui porte un sari, une purdah et un houka à sa bouche ?

« Perdue », à l’extrémité de la Galerie du Temps, pas assez souvent regardée, une petite huile sur ivoire de 9×8 cm représente la Bégum (reine, en Inde) Samru (Sombre), femme au visage marqué par les épreuves, les responsabilités et les mérites.

Peinte à la manière occidentale, avec un paysage en arrière-plan, assise dans un fauteuil, couverte de bijoux, de bracelets, de bagues, de pierres précieuses (émeraude, rubis, saphir) et de rangs de perles, elle a fière allure avec son sari, son purdah et dans une main un houka.

Farzana Khanqui (1750-1836), de danseuse et courtisane, devient souveraine de la principauté de Sardhana (à 90 km au nord-ouest de New Delhi) pendant 58 ans.

Entrée dans le harem de Walter Reinhardt, dit le Sombre ou Samru (prononciation indienne), mercenaire d’origine autrichienne qui obtiendra le fief de Sardhana de l’empereur moghol Shah Alam II, elle est la favorite de Reinhardt. À sa mort, elle lui succède et devient à la fois cheffe de guerre, bâtisseuse, diplomate, tout en maintenant l’indépendance de sa principauté face à la colonisation britannique jusqu’à sa mort en 1836.

Prospérité économique, artistique et culturelle, amélioration sociale marquent son règne.

« Décrite comme petite, pleine d’esprit, raffinée et distinguée », elle alliait la culture européenne au protocole des princesses indiennes en conservant, les vêtements, les coutumes et l’étiquette moghols. Habillée d’un sari et couverte d’un purdah (voile) qu’elle ne retirait qu’en présence d’Européens, la Bégum Samru devenue catholique ne quittait guère sa houka, sorte de narguilé ou de chicha, une pipe à eau utilisée pour fumer du tabac.

Inde Portrait de Begum Sombre (vers 1750-1836), souveraine de la principauté indienne de Sardhana Vers 1780-1815 Huile sur ivoire H. 9,4 ; l. 8,2 cm Paris, musée du Louvre © RMN-GP (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

Qui porte une corde à trois nœuds à la ceinture ?

Saint François d’Assise, les frères mineurs, les moines franciscains, ceinturent leur bure, vêtement de laine en forme de croix, de couleur brune, d’une corde blanche en chanvre signe d’humilité, dont les trois nœuds rappellent les trois vœux évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, à la base de la vie des moines.

Cette statue en bois de noyer, d’origine espagnole, saisissante, voire morbide, représente Saint François d’Assise, tel que la légende franciscaine le rapporte.

Le pape Nicolas V en descendant en 1449 dans la crypte d’Assise où François reposait depuis 1226 (soit 223 ans après la mort du saint), l’aurait découvert, debout, intact, non putréfié, les yeux levés vers le ciel, le sang coulant encore des plaies des stigmates d’un pied. Les matériaux réels et naturels utilisés ajoutent au réalisme de cette vision : verre pour les yeux, os pour les dents et chanvre pour la ceinture.

Espagne – Saint François mort – Vers 1650 – Bois peint, verre, os et chanvre – © RMN-GP (musée du Louvre) / Pierre Philibert