Ceci n’est pas une jupette ! - Louvre-Lens
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Ceci n’est pas une jupette !

Petit cours de mode impériale romaine avec Paul

Pourquoi ne pas prendre un moment pour bien regarder la statue en marbre de l’empereur Marc Aurèle (161–180 apr. J.-C.), exposée dans la Galerie du temps ? Identifions ensemble les différents vêtements qu’il porte !

Marc Aurèle est représenté ici en imperator, commandant en chef de l’armée, et porte donc la tenue d’un officier romain de haut rang :

Rome ?, Italie, Marc Aurèle, empereur romain (161-180 après J.-C.),  vers 160 après J.-C.,  marbre H. 2,10 m,  Paris, Musée du Louvre,  MR 261 Collection Borghèse, achat, 1807 © RMN-GP (Musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

Toutes les colorisations sont de Paul.

La base de ce costume est la tunique, tunica, comme pour tous les hommes romains : un rectangle de tissu, plié en deux, cousu sur les côtés et comportant des ouvertures pour la tête et les deux bras. Elle se met comme un grand T-shirt ou une robe ; une ceinture évite qu’elle ne tombe plus bas que les genoux. Elle est tellement large qu’elle couvre les bras jusqu’aux coudes : pas besoin d’ajouter des manches !

Le curieux vêtement avec les franges que Marc Aurèle porte au-dessus de la tunique s’appelait probablement subarmalis.

Vous avez déjà pu voir ce vêtement l’an dernier au Louvre-Lens, pendant l’exposition « Homère » : il était posé sur un tronc d’arbre à côté de Mars, dieu de la guerre.

Arès de Leptis Magna, 19e siècle, d’après un original daté vers 125 après J.-C., plâtre, H. 2,32 m, Paris, Musée du Louvre – Gypsothèque (DAGER), Gy 0877 © RMN-GP (Musée du Louvre) / Hervé Lewandowski / Gérard Blot

Bien rembourrée surtout au torse et aux épaules, la subarmalis aide à supporter la lourde armure. De plus, elle absorbe les chocs que le soldat peut subir sous les coups d’une arme ennemie. Des lamelles en laine ou lin épais, les pteryges, sont attachées au torse. Elles n’ont pas uniquement une fonction décorative, mais protègent aussi les bras et les cuisses, c’est-à-dire là où, pour des raisons de mobilité, le soldat ne peut pas porter de protections en métal. En plus des pteryges, la subarmalis de notre statue est décorée aussi avec deux rangés de têtes miniatures, des masques et d’autres motifs ; on ne trouve cela que sur les sculptures impériales.

L’armure, la lorica, portée par l’empereur n’est pas celle d’un simple soldat. Il s’agit d’une « cuirasse musculaire » en bronze, richement décorée et reprenant la forme d’un torse masculin bien musclé. Elle est renforcée sur les épaules : on voit une lamelle sur l’épaule droite, l’autre étant cachée par le manteau.

Ce manteau s’appelle paludamentum. Il est réservé aux officiers de l’armée romaine et à l’empereur. Il s’agit d’un grand rectangle de laine qui peut entièrement couvrir son porteur et être fermé sur son épaule droite avec une fibule ou – comme ici – être drapé sur l’épaule et le bras gauche. Le porter de cette façon nécessite une posture bien droite et des mouvements posés et prudents, ce qui donne majesté et dignité au porteur. Essayez chez vous avec un grand tissu !

Pour terminer, voici tous les vêtements abordés, combinés ensemble :

Les couleurs vous choquent ? Sachez que durant l’Antiquité, la sculpture n’était pas monochrome – blanche – mais peinte et donc polychrome ! Oui, notre œil moderne a du mal à s’habituer…