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"Les Louvre de Pablo Picasso"
Parcours de l'exposition :

L’exposition « Les Louvre de Pablo Picasso » propose de suivre deux parcours ouverts l’un sur l’autre. Le premier raconte une succession de rencontres et d’histoires partagées, depuis la première visite de Picasso au Louvre en 1900, jusqu’au 21e siècle. Le second invite à s’immerger dans l’œuvre de l’artiste au sein de salles évoquant les départements du Louvre.
La mise en regard d’œuvres du maître espagnol avec celles des collections du musée permet de découvrir le dialogue prolifique noué des décennies durant entre deux figures iconiques de l’histoire de l’art, le Louvre et Picasso.
Deux portraits en pied accueillent le visiteur qui voudrait se pencher sur Picasso du point de vue du Louvre et sur le Louvre du point de vue de Picasso. L’artiste, âgé de 19 ans, est représenté par son ami Ramon Casas lors de son premier séjour à Paris en 1900. Il prend place à côté d’une photographie du musée vu du ciel, prise quelques années plus tard et offrant elle aussi la silhouette d’un personnage debout. Ces deux êtres hors normes se ressemblant à maints égards sont ici confrontés l’un à l’autre, ou plutôt rapprochés l’un de l’autre.
Une galerie de cartes postales représentant le Louvre et quelques-uns de ses chefs-d’œuvre, appartenant à Picasso, ainsi qu’une série de documents provenant des archives du musée et représentant des œuvres de l’artiste, racontent la place occupée par l’un et l’autre dans leurs histoires respectives.

Publications, coupures de presse, correspondances, cartons d’invitation, photographies : de nombreux témoignages, collectés ou reçus par l’artiste et conservés tout au long de sa vie se rapportent au Louvre, à son histoire, à ses collections et aux relations entretenues avec certains de ses représentants. De la même façon, la présence de Picasso dans les centres de documentation et les bibliothèques du Louvre, révèle l’attention accordée à l’artiste au fil du temps.

Pablo Picasso Autoportrait à la pipe ; Autoportrait à la casquette 1904 – 1905 Dessin H. :39,5cm, L. :32cm, P. :3cm Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie, Museum Berggruen © Succession Picasso 2021 © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Jens Ziehe © Succession Picasso 2021
© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Jens Ziehe

 

PREMIER PARCOURS
Chronologie de la relation Louvre-Picasso : 1900 – 2021

Les premières visites au Louvre
L’exposition s’ouvre par l’évocation des toutes premières visites du Louvre par Picasso, en 1900, au détour de témoignages d’amis ou biographes, alors que se tient non loin l’Exposition universelle à laquelle il participe. Jusqu’au mois d’avril 1904, date à laquelle il s’installe définitivement à Paris, il effectue plusieurs voyages en France et profite de chacune de ses venues pour se rendre au musée, où il découvre les collections des Antiquités égyptiennes, des Antiquités grecques et romaines et des Antiquités orientales. Il s’intéresse aussi à la peinture de Nicolas Poussin (1594-1665) et de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867).

L’affaire des statuettes et l’acquisition manquée

Sculpture ibérique tête masculine ; volée par Géry Piéret en 1907 3e siècle avant J.-C. Calcaire 20 x 17,5 x 13 cm Paris, musée du Louvre, département des Antiquités orientales © RMN-Grand Palais (musée d’Archéologie nationale) / Franck Raux

Les débuts sont tumultueux. En 1911 éclate l’affaire du vol de la Joconde, dont Géry Piéret (1884-1918 ?), ancien secrétaire du poète Guillaume Apollinaire, se vante à tort d’être l’auteur.Quatre ans plus tôt, en revanche, celui-ci a bien dérobé au Louvre deux statuettes ibériques : l’une vendue et l’autre donnée à Picasso. Pris de panique à l’annonce du vol de la Joconde, Apollinaire et Picasso décident de restituer anonymement les statuettes au siège de Paris-Journal. Suspecté de complicité de vol, Apollinaire est emprisonné quelques jours et Picasso interrogé avant d’être finalement tous deux reconnus innocents. Cette affaire est révélatrice de l’attrait de l’artiste pour l’art ibérique.

En 1935, une seconde déconvenue révèle une autre facette, plus inattendue, des goûts que peut nourrir Picasso. Le département regroupant les objets d’art du Louvre fait une acquisition exceptionnelle auprès de l’antiquaire Jacques Helft, une paire de chenets de cheminée de François- Thomas Germain, orfèvre à la cour de Louis XV. D’après Helft, Picasso convoitait depuis un moment ces deux chefs-d’œuvre, datant de 1757, dont l’un est présenté dans l’exposition.

Une première toile de Picasso au Louvre
C’est en 1933, que, pour la première fois, un tableau de Picasso pénètre momentanément dans l’enceinte du Louvre. Il s’agit du Portrait du critique d’art Gustave Coquiot (1901, Paris, Centre Pompidou), première œuvre de l’artiste achetée pour les collections publiques françaises. Les acquisitions faites par l’État sont à cette époque examinées dans la Salle du
Conseil des Musées nationaux, située dans l’Aile Mollien du musée. Ce portrait, aujourd’hui conservé au musée national d’art moderne, inaugure la longue série des œuvres de Picasso bientôt soumises en ces lieux aux connaisseurs statuant sur les opportunités d’enrichissement des collections nationales.

© Succession Picasso 2021 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais-Béatrice Hatala

Picasso et la grande Histoire (1939-1945)
Les menaces de pillage ou destructions à l’approche de la seconde guerre mondiale forment un autre pan de l’histoire partagée du Louvre et de Picasso. En septembre 1938, craignant une guerre imminente, le Louvre travaille activement à l’évacuation en province de ses trésors et aussi de ceux d’un certain nombre de collectionneurs. Dans ce contexte, Paul Jamot, ancien « patron » du département des Peintures du Louvre, confie au musée une grande partie de sa collection comprenant notamment deux dessins de Picasso, La Femme au grand chapeau (1901) et Le Chemineau (1901).
D’octobre 1940 à août 1944, plusieurs salles du Louvre, dites « du séquestre », sont réquisitionnées par l’occupant nazi. Il y entrepose et répertorie les biens spoliés aux collectionneurs et marchands juifs réfugiés à l’étranger ou déportés. Des dizaines d’œuvres de Picasso transitent ainsi pendant la guerre par le séquestre du Louvre, comme le Buste de femme (1906-1907, Berlin, Berggruen Musuem) confisqué avec le reste de ses biens au grand amateur d’art Alphonse Kann. L’œuvre est inventoriée par les nazis sous le numéro « Ka 1103 » et restituée à la nièce du collectionneur en 1948, un mois après sa mort.

Des liens noués avec les conservateurs du Louvre, entre admiration et scepticisme
Picasso ne laisse pas les conservateurs du Louvre indifférents, et l’artiste va nouer au fil de sa vie des relations plus ou moins étroites avec certains d’entre eux. Germain Bazin et René Huyghe, par exemple, reconnaissent son génie mais lui reprochent notamment, parfois violemment, les impardonnables déformations qu’il impose à la figure humaine.
Directeur des Musées de France de 1945 à 1957 et ancien conservateur au Louvre, spécialiste des arts asiatiques, collectionneur et fervent défenseur de l’art de son temps, Georges Salles tisse de très forts liens avec Picasso.
Admirateur de l’homme et de son art, il possède, au cours de sa vie, une vingtaine de ses oeuvres dont plusieurs ornent les murs de son bureau et de son appartement de fonction au Louvre. En 1952, Picasso propose à Salles de réaliser son portrait, séduit par l’idée que ce dernier pourrait, de son vivant, être accroché au Louvre, « dans l’antichambre de la Direction ». Ce projet de portrait initié par Picasso s’arrête cependant au stade des dessins préparatoires. Peut-être est-ce parce que Salles ne lui propose pas, comme à Georges Braque (1882-1963), de peindre un plafond au Louvre…

© Succession Picasso 2021 © Centre Pompidou, MNAM CCI, Dist. RMN Grand Palais-Georges Meguerditchian

Une proximité physique avec les œuvres du Louvre : les Esclaves de Michel Ange
Plusieurs anecdotes témoignent de l’omniprésence du Louvre dans la vie artistique et personnelle de
Picasso. Entre septembre et novembre 1946, Picasso installe son atelier au musée d’Antibes, dans la grande salle que son conservateur Romuald Dor de la Souchère, a mis à sa disposition. Les œuvres que l’artiste laissera pour toujours au musée sont bientôt exposées là, aux côtés de moulages en plâtre représentant les Esclaves (1513) de Michel-Ange conservés au Louvre. Ces moulages qu’il affectionne particulièrement lui sont offerts par Dor de la Souchère une vingtaine d’années plus tard.
Nombreuses sont les photographies gardant le souvenir de la présence de l’Esclave rebelle et de l’Esclave mourant
dans l’atelier de sculpture aménagé par Picasso au mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins, sa dernière demeure.

De retour au Louvre : Picasso inscrit dans le marbre mais au cœur de vifs débats
En 1947, Picasso donne dix de ses œuvres au Musée national d’art moderne. Cette donation, dont fait notamment partie Le
Rocking Chair, vaut à Picasso l’honneur de voir son nom gravé en lettres d’or dans le marbre d’un des murs de la Rotonde d’Apollon au Louvre, parmi ceux des grands donateurs des Musées nationaux.
De juin à octobre 1955, la plus grande exposition jamais consacrée alors à l’œuvre de Picasso est présentée au Musée des Arts Décoratifs, institution autonome installée depuis 1905 à l’extrémité nord-ouest du palais du Louvre. Cette rétrospective organisée pour célébrer le 75e anniversaire de l’artiste suscite une foule de commentaires dans la presse française et internationale, oscillant entre admiration et mépris. L’un des débats qui divise l’opinion publique oppose à l’époque ceux qui saluent la présence de Picasso « au Louvre », et ceux qui s’en inquiètent, voire la fustigent.
D’autres déplorent que l’artiste ne soit pas encore exposé « au vrai Louvre » et réclament qu’il y soit sans plus attendre.
Une étape supplémentaire est franchie, entre 1960 et 1963, lors de l’acquisition d’une partie de la collection Walter-Guillaume, destinée à être présentée au musée de l’Orangerie, qui dépend alors du Louvre. Pas moins de 12 chefs-d’œuvre de Picasso, dont le Grand nu à la draperie de 1923 et la Femme au chapeau blanc de 1921, sont à cette occasion, et du vivant de l’artiste, officiellement inscrits sur les inventaires du département des Peintures du musée du Louvre.

À partir de 1965 : Picasso dans les expositions temporaires du Louvre
En un demi-siècle, une vingtaine d’expositions temporaires offrent aux visiteurs du Louvre la possibilité de découvrir près de 130 œuvres de Picasso. Plusieurs de ces expositions citent son nom dans leur titre, de son vivant et après sa mort, ce dont témoignent les catalogues exposés au Louvre-Lens.
L’un des moments les plus exceptionnels se tient en 1971, à l’occasion des 90 ans de l’artiste, avec l’accrochage de 8 de ses œuvres aux côtés des grands maîtres. Pour célébrer son anniversaire et lui montrer l’intérêt que la France porte à son œuvre, le président de la République Georges Pompidou demande en effet qu’une exposition lui soit consacrée au Louvre. C’est à Jean Leymarie (1919-2006), ancien collaborateur de René Hyughe au Louvre devenu l’un des meilleurs spécialistes de l’artiste, qu’est confiée la mission de sélectionner ces 8 peintures significatives choisies dans les collections du Musée national d’art moderne, qu’il dirige depuis deux ans. Inauguré par le couple présidentiel le 21 octobre 1971, mais sans l’artiste, cet « Hommage à Picasso » rencontre auprès du public un immense succès dont témoignent des photographies montrant la Grande Galerie noire de monde. C’est à ce moment qu’est évoqué pour la première fois publiquement, par le président de la République, la création d’un musée Picasso à Paris.

Picasso et le Louvre, après sa mort : les œuvres de sa collection que l’artiste destinait au plus grand musée du monde

Picasso meurt le 8 avril 1973, à l’âge de 92 ans, sans laisser de testament. Jacqueline Picasso, sa veuve, et son fils Paul Ruiz-Picasso honorent le souhait qu’il a plusieurs fois exprimé devant eux en offrant au Louvre sa collection personnelle. Tout est dit et son contraire, à l‘époque, au sujet de cette mystérieuse collection mais le musée l’accepte avec reconnaissance. Cette donation compte cinquante-et-une œuvres de maîtres anciens, modernes et même contemporains.
Cinq années sont toutefois nécessaires pour que les œuvres réunies et aimées par Picasso soient présentées au public du Louvre. Cinq années au cours desquelles la donation est confirmée par les autres héritiers de l’artiste. En mai 1978, une exposition est organisée dans les salles zénithales de l’Aile de Flore du musée du Louvre. Elle révèle au public cette collection insolite dans laquelle les maîtres anciens tels Louis Le Nain (1593-1648) et Jean- Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) côtoient les grands modernes tels Paul Cézanne (1839-1906) et Henri Matisse (1869-1954). Elle témoigne des goûts artistiques éclectiques de l’artiste. Les œuvres de cette collection exceptionnelle rejoignent finalement le fonds du musée Picasso, au moment de son inauguration en 1985, dans l’hôtel Salé à Paris. Longtemps après le départ du Louvre des œuvres de la donation Picasso, l’escalier qui donnait accès aux salles où l’on pouvait les admirer a toutefois continué d’être surnommé « l’escalier Picasso ».
Suite à la disparition tragique de Jacqueline Picasso, la veuve de l’artiste, en 1986, sa fille et unique héritière Catherine Hutin-Blay propose le paiement de ses droits de succession en œuvres d’art. Avant de faire l’objet d’une grande exposition itinérante puis de rejoindre les musées parisiens et en région auxquels il est destiné, l’ensemble de 40 dessins, 24 carnets (contenant 1040 dessins), 247 estampes, 2 sculptures, 19 céramiques et 47 peintures de Picasso est conservé plusieurs mois durant, à partir du 5 juin 1989, dans la réserve dite Napoléon du département des Peintures du Louvre. Les tableaux y sont présentés côte à côte sur de grandes grilles de stockage mobiles. L’accrochage dans l’exposition évoque l’une d’entre elles.

Au Louvre, au 21e siècle : Picasso aux côtés des grands maîtres
Il n’est pas rare que des œuvres du Louvre participent à des projets picassiens, comme ce fut le cas en 2004, dans le cadre de l’exposition Picasso Ingres, au Musée national Picasso-Paris. À cette occasion, 3 tableaux et 13 dessins de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1869) provenant des collections du Louvre sont prêtés pour être confrontés à des œuvres de Picasso. L’exposition s’interroge sur la proximité des deux artistes et sur le dialogue noué par ces deux grands novateurs. Ce rapprochement artistique se manifeste par un jeu d’inspirations et de variantes de la part de Picasso, dont la période « ingresque » s’étend de 1915 à 1925.
En 2008, les Galeries nationales du Grand Palais présentent une importante exposition intitulée Picasso et les maîtres. En parallèle, le Louvre réunit dans le salon Denon une vingtaine de peintures et dessins réalisés par Picasso en 1954-1955 d’après l’un des chefs-d’œuvre du musée : Femmes d’Alger dans leur appartement (1834) d’Eugène Delacroix. Elles montrent que tout au long de sa carrière, Picasso ne cessa jamais de se nourrir de la peinture du passé, en la citant, la réinterprétant, la détournant, non sans une pointe d’humour.
À l’occasion du 30e anniversaire du musée national Picasso-Paris, en 2015, quatre toiles de Picasso sont accrochées au Louvre ainsi que huit gravures et dessins au musée national Eugène Delacroix. Les toiles de Picasso sont alors mises en regard avec des chefs-d’œuvre de Louis Le Nain, Antoine Watteau, Jean Siméon Chardin et Jean-Auguste-Dominique Ingres. Les deux expositions témoignent des relations de Picasso avec le Louvre très tôt tissées. Elles rappellent l’influence dans son œuvre des maîtres anciens qu’il a admirés.

SECOND PARCOURS
Une déambulation dans les départements du Louvre avec Picasso

Le département des Antiquités égyptiennes : la fascination pour les formes stylisées

Le département des Antiquités égyptiennes est au début du 20e siècle riche de milliers d’objets acquis au siècle précédent, grâce à l’expertise de scientifiques comme Jean-François Champollion, son premier conservateur et découvreur de la signification des hiéroglyphes. Inauguré en 1827, il se compose d’un noyau de statues des collections royales, complété de pièces achetées auprès de collectionneurs ou ramenées d’Égypte à la suite de fouilles archéologiques. Le Scribe accroupi, dont le regard intense est comparé bien plus tard par Françoise Gilot à celui de Picasso, figure sur ses inventaires depuis 1852.

Le jeune Picasso, fasciné par la stylisation des œuvres égyptiennes, arpente les salles comme autant d’inépuisables répertoires de formes qu’il garde en mémoire. Les rapprochements d’œuvres proposés, souvent inédits, interrogent le rapport détonnant de Picasso avec les conventions de représentations égyptiennes, et sa liberté totale de création. Certains de ses portraits et autoportraits traduisent son intérêt pour l’art funéraire de l’Égypte romaine, dont il reprend le travail du trait ferme et puissant ; tandis que des représentations sculptées de femmes assises s’interpellent par leurs postures hiératiques et géométriques semblables

Le département des Antiquités orientales : aux prémices du cubisme

Entre 1907 et 1911, Picasso vécut avec deux statuettes ibériques appartenant aux collections du département des Antiquités orientales. Au-delà de ce fait divers, la rencontre de Picasso avec les objets proche-orientaux est ponctuée de recherches et d’expérimentations de la plus grande importance qui le guideront jusqu’aux Demoiselles d’Avignon. Les grands yeux en amande, sombres et fixes, les sourcils en arcade et le léger sourire d’une étude préparatoire pour ce chef-d’œuvre rappellent l’expression figée mais apaisée de ces sculptures ibériques.

Sensible à la figuration des corps dans les cultures antiques méditerranéennes ou orientales, dont il a pu voir des exemples au Louvre, Picasso explore de nouvelles perspectives de création. Les représentations féminines aux poitrines en relief et aux bras souples fournissent à l’artiste inspiré un répertoire de modèles ondulants et sensuels. Transcrivant dans l’or repoussé des modèles dessinés par Picasso, des médaillons réalisés avec les orfèvres François et Pierre Hugo, descendant de Victor Hugo, semblent s’associer aux pendentifs découverts à Ougarit, en Syrie, antérieurs de plusieurs millénaires.

Le département des Objets d’art : la recherche de savoir-faire anciens

Le désir de Picasso d’acquérir une paire de chenets du 18e siècle, finalement achetée par le Louvre, révèle son attrait pour les objets d’art. L’artiste se laisse séduire par une forme, un détail ou une technique, indépendamment du style ou de la provenance de l’œuvre. Créé en 1893, le département des Objets d’art, présentant bijoux, orfèvrerie, ivoires, émaux, bronzes, céramiques, verreries, meubles et tapisseries, connaît par la suite une formidable expansion. Les dons et les legs de collectionneurs complètent le premier noyau, formant une collection s’étendant du début du Moyen Âge au milieu du 19e siècle. Picasso satisfait son immense appétit d’expérimentations techniques en puisant dans ce répertoire d’objets d’époques variées. Nourri de découvertes et de rencontres -Picasso se lie d’amitié en 1946 avec les céramistes fondateurs de l’atelier Madoura à Vallauris -, il s’imprègne de savoir-faire anciens, parfois millénaires, et les adapte à ses propres recherches plastiques.

Le traitement en relief de son Assiette portant couteau, fourchette, pomme coupée en deux et épluchures de 1947-1948 rappelle les plats français en terre vernissée de la fin du 16e siècle. Au sein de l’atelier, Picasso s’inspire des techniques anciennes de faïence par l’utilisation de l’engobe, une glaçure opaque qui donne un aspect blanc à la surface, tout en peignant des formes nouvelles et simplifiées.

 

Le département des Antiquités grecques, étrusques et romaines : un retour aux antiques

Les créations de Picasso, mises en regard avec les œuvres grecques, étrusques et romaines, témoignent de la proximité indéniable de l’artiste avec le département du Louvre qui leur est consacré. Un exemple de ces liens subsiste dans une lettre que lui envoya Jean Charbonneaux, l’un de ses conservateurs. Premier département à voir le jour avec le département des Peintures en 1793, il se compose essentiellement au 19e siècle de collections archéologiques des mondes grec et romain, et d’objets achetés à de grands collectionneurs. La confrontation entre les œuvres de Picasso et celles du Louvre qui, avec les peintures, sont peut-être celles qui ont le plus inspiré l’artiste, dévoile dans l’exposition la multiplicité des rencontres avec ces « antiques ». Le premier contact de Picasso avec la Vénus de Milo a ainsi lieu bien avant son arrivée à Paris, tandis qu’il réalise des dessins d’après un moulage en plâtre de celle-ci conservé à Barcelone. Le déhanché audacieux de la Vénus et la finesse de son drapé transparaissent dans ses esquisses.

L’ensemble d’études peintes et dessinées autour du thème des « trois femmes à la fontaine », en 1921, inaugure sa période néo-classique et marque un nouveau tournant dans son travail, un « retour à l’ordre ».

Le motif de la chouette, qui intéresse pleinement Picasso dès lors qu’il s’installe à Antibes à partir de 1946, trouve son inspiration dans la céramique grecque antique. Si son modèle n’est autre qu’un animal adopté sur les lieux, les formes et les détails rehaussés par la peinture de ses céramiques semblent se souvenir de l’aryballe en forme de chouette du Louvre. Ce vase à parfum miniature, de l’époque proto-corinthienne, est d’une virtuosité saisissante, de par l’expressivité de l’oiseau.

Le département des Sculptures : la liberté du corps en mouvement

Picasso conservait dans sa demeure de Notre-Dame de Vie deux moulages en plâtre des sculptures des Esclaves de Michel-Ange. Les originaux en marbre, datés de 1513, sont conservés depuis 1794 au Louvre. Séparé depuis 1893 du département des Objets d’art, le département des Sculptures s’enrichit à la fin du 19e siècle de milliers de pièces issues de dons de collectionneurs ou offertes par la Société des Amis du Louvre. Il rassemble, avec des chefs-d’œuvre de la sculpture germanique et italienne, la plus grande collection mondiale de sculptures françaises. Certaines œuvres sont présentes au Louvre du vivant de Picasso, comme les Danseuses d’Edgar Degas (1834-1917), avant de rejoindre le musée d’Orsay en 1986. Picasso, qui n’a pas de formation académique en sculpture, se nourrit des rencontres avec les maîtres du passé et apprend aux côtés d’autres sculpteurs.

Des œuvres comme Baigneuse (1931) ou Footballeur (1965) témoignent de sa fascination pour la représentation du corps humain en mouvement, mais aussi de sa liberté de création, passant par l’association de matériaux non conventionnels. À l’instar d’Edgar Degas – qu’il n’a semble-t-il jamais rencontré –, il saisit l’essence du mouvement et de l’élan, tout en simplifiant et déformant les anatomies.

 

Le département des Arts graphiques : l’admiration pour les grands maîtres

Formé à la peinture académique, Picasso maîtrise très jeune la technique du dessin et pratique plus tard avec assiduité la gravure. Lorsqu’il découvre le Louvre, un choix de ses plus beaux dessins – comprenant l’émouvante représentation par Théodore Géricault (1791-1824) de sa main gauche– est en permanence exposé au public, dans une dizaine de salles dépendant du département des Peintures, des Dessins et de la Chalcographie[1]. Il faut attendre 1937 pour que le Cabinet des Dessins du Louvre prenne son autonomie et 1989 pour qu’il devienne le département des Arts graphiques, responsable de ladite Chalcographie, de la collection Edmond de Rothschild (1845-1934) et des innombrables dessins, pastels, miniatures, estampes, manuscrits provenant notamment des collections de Louis XIV. Si la sensibilité à la lumière des œuvres conservées empêche aujourd’hui leur exposition permanente, elles peuvent néanmoins être étudiées sur demande dans la salle de consultation de ce département.

Deux autoportraits de 1917 et 1918, réalisés alors que Picasso est en pleine ascension sociale, rendent hommage Jean-Auguste Dominique Ingres. Il reprend le trait précis, la ligne maîtrisée et la pose rigide du maître qui se représente dans sa vingtaine, vêtu d’une tenue d’atelier, le visage délicatement esquissé à la mine de plomb.

 

Le département des Peintures : des références foisonnantes

Le noyau initial du département des Peintures du Louvre est formé des collections des rois de France. Il s’enrichit dès sa création en 1793 de saisies, d’achats, de dons et de legs. Picasso assiste à l’entrée au Louvre du Déjeuner sur l’herbe (1863) et de Lola de Valence (1862) d’Édouard Manet, aujourd’hui présentés au musée d’Orsay, créé en 1986. La rencontre de Picasso avec les maîtres du passé exposés au Louvre se traduit par des recherches récurrentes, parfois faites de dizaines de variations successives. Son choix ne s’opère pas au hasard, il se tourne vers des œuvres portant un souffle novateur. Le Déjeuner sur l’herbe est encore marqué par le scandale qu’il a inspiré, tandis que les toiles de Murillo (1617-1672) ou Rembrandt (1606-1664) sont d’une vérité crue parfois dérangeante. Picasso, dans une démarche sans cesse renouvelée, cite, interprète, provoque ou contredit les maîtres du passé, auxquels il revient avec une constance ravivée.

[1] Fondé en 1797, la Chalcographie du Louvre permet la conservation de plaques de cuivre gravées d’œuvres anciennes et plus récentes. Ces plaques permettent l’impression et la diffusion de tirages d’œuvres sur papier à des prix accessibles.

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LES LOUVRE DE PABLO PICASSO
13 octobre 2021 - 31 janvier 2022
La Galerie des expositions temporaires
Inédite, l’exposition Les Louvre de Pablo Picasso raconte l’histoire méconnue de la rencontre entre deux titans : l’un des plus célèbres artistes de tous les temps et le plus grand musée du monde dans un double parcours de plus de 450 œuvres et documents, mêlant peintures, sculptures, céramiques, dessins, gravures, photographies et documents d’archive.